CHAPITRE XVI
sentiment de profonde reconnaissance pour Dieu, de plus grand respect pour vous-mêmes, ce désir ardentd'élever cette àme, comme disait saint Jérôme : « Vobis erudienda est anima! » sinon qu'il faut que tout réponde en vous à ce sentiment, et qu'il s'ensuive une véritable rénovation de vos âmes pour le fervent service de Dieu. Il faut vous rendre plus dignes et capables de cette grande et sainte mission, bannir plus sévèrement que jamais toute frivolité de pensées et d'actes, toute médiocrité inutile, et, en vous rapprochant de plus en plus de Dieu, par Lui et en Lui vous unir plus tendrement et plus fortement que jamais pour l'œuvre commune. J'entends commune, non pas seulement à vous deux, mais à vous et à Dieu, avec lequel vous êtes entrés en véritable coopération. C'est dans toutes ces pensées que j'ai prié de toute mon àme pour vous, mes chers enfants, dans ce vieux sanctuaire aimé de Dieu et de Marie. Je vous en envoie comme gage ce petit souvenir (une petite image de Notre-Dame d'Einsiedeln) et vous bénis bien paternellement, tous les trois, en Notre-Seigneur. »
Et quelque temps après :
« Je m'associe aussi à vos espérances : il faut, mon enfant, dans cette attente, et alors que vos impressions et votre vie déjà peuvent retentir si profondément dans cette petite àme, plus que jamais vous respecter: respecter ce que Dieu fait en vous; et prendre garde qu'il n'arrive à ce petit être, caché dans les profondeurs du vôtre, rien que de pur, de saint, de noble; et de doux et d'heureux, s'il est possible. »
(( La femme chrétienne, dit saint Paul, se sanctitie par ses devoirs de mère. » C'était là un point capital dans la direction de l'évêque d'Orléans, nous ne saurions trop le répéter, que cet accomplissement des devoirs d'état. « Ne cherchez pas, écrivait-il à une mère, la perfection dans l'état où vous n'êtes pas, mais dans l'état où vous êtes. C'est par là que vous pourrez devenir une vraie femme chrétienne : rien n'est plus grand. »
Lui qui a écrit des choses si belles sur l'autorité pater-
nelle et maternelle, voici comment, dans ses directions, il les faisait arriver à l'oreille des mères :
(( Il faut avec vos filles de la fermeté. Qu'elles ne vous manquent jamais de respect : c'est capital. Il faut tenir à être bien olDéie et respectée par elles, et leur dire à l'occasion : Vous m'aimez certainement avec tendresse: mais vous ne respectez pas assez votre mère. »
Cette fermeté, nécessaire sous peine de déchéance, n'exclut pas l'adresse ; et, à une personne délicate et timorée, qui sentait quelques scrupules à employer les précautions et les industries que Tévêque lui suggérait, il répondait: (( Vous dites que c'est là de la politique et que cela vous est pénible; mais rappelez-vous qu'il faut de la politique, c'est-à-dire de la prudence, toujours, avec tout le monde, pour tout, puisqu'il en faut bien avec nous-mêmes. ^)
Cet art, cette adresse sert à obtenir la confiance, « et il faut que leur confiance, disait-il à une mère, vienne en aide à votre autorité : il vaut mieux gagner leur confiance que leur affection. Ecrivez ceci : c'est très important. y>
(( A l'âge où sont arrivées vos filles, disait-il une autre fois, il faut de votre part une direction plus attentive, plus délicate. Oui, voici un nouveau devoir que le bon Dieu vous impose : c'est la fermeté avec vos filles. X quinze, dix-sept, dix-huit ans, les caractères se dessinent; elles deviennent quelque chose, quelqu'un : mais cela doit être, c'est ainsi que cela doit être. Votre direction avec elles doit donc être autre. » Et comme exemple de cette attitude nouvelle, il disait, avec un grand sens : « Evitez de les reprendre devant le monde, faites vos observations plutôt le lendemain que sur le moment même. »
Mettant au-dessus de tout la piété, et surtout une piété éclairée, et par conséquent une solide instruction religieuse, il écrivait à une pieuse mère :
« Pour vos filles, posez en principe que ces analyses de catéchisme doivent être faites, et cela jusqu'à la veille de leur mariage. C'est un travail utile, non seulement au point de vue de leur àme, mais même au point de vue de leur développement intellectuel. Que les maîtres réclament