CHAPITRE IL
frémisseraent de colère ce qui s'était passé à Rome. Une indigne comédie se préparait. Dans sa brochure sur la convention du 15 septembre, l'évèque d'Orléans avait dit: <( Dans deux ans tout sera prêt pour qu'une révolution éclate... Nous partis, l'émeute préparée éclatera : si le Pape se défend, c'est un tyran; s'il se laisse faire, il est perdu. » L'émeute, malgré toutes les provocations, ne venant pas, Rome n'allant pas à TRalie, l'Italie se décida à aller à Rome. On remit en scène le fantoche Garibaldi; il allait, promenant l'agitation de ville en ville, haranguant la foule, et criant : «Mort aux prêtres! Guerre au Pape! » Et pour cette guerre, des emprunts, annoncés dans les journaux, des enrôlements avaient lieu à ciel ouvert : le gouvernement italien ne voyait rien, n'entendait rien. Et pendant ce temps-là il massait quarante mille hommes sur les frontières romaines. Pourquoi? Etait-ce l'ancienne tactique de M. de Cavour qui allait recommencer? Bien plus, un congrès international s'étant réuni à Genève, Garibaldi y avait paru, et au milieu d'ovations indescriptibles, il avait crié non plus seulement guerre au Pape, mais guerre à tous les souverains. Ainsi la question romaine portait dans ses flancs la question euro^ péenne; les plus incrédules autrefois aux paroles de i'évêque d'Orléans pouvaient voir à quel degré cela était vrai. Plus flagrante violation d'une convention ne se pouvait imaginer. Et le gouvernement français se taisait. Fallait-il donc attendre, stupéfiés, la catastrophe? L'évèque d'Orléans laissa éclater son àme; mais, prudent jusque dans ses plus impétueux élans, ce fut cette fois au ministre italien, M. Ratazzi, qu'il s'adressa, dirigeant contre ce gouvernement déloyal toutes ses duretés, qui par contrecoup frappaient le nôtre, mais réservant pour celui-ci les encouragements. Tactique habile autant que puissante. On peut dire que cette lettre à M. Ratazzi était écrasante contre l'astuce italienne, par l'accumulation des faits, par la précision vigoureuse du raisonnement; et irrésistible pour le gouvernement français, par ces adjurations éloquentes à la loyauté et à l'honneur, ainsi qu'à la saine politique. Le talent du vaillant polémiste semblait grandir avec les
périls de la sainte cause qu'il défendait. Voici la conclusion de ce terrible réquisitoire, utrinque feriens, comme nous l'avons dit, de Florence se répercutant sur Paris :
(( Telle est donc la situation. Aucune habileté, aucune comédie, aucun compromis, aucune défaillance ne la changera, ni ne la masquera.
» Monsieur le Commandeur, jamais devoir ne fut plus clair que le vôtre; et le roi Victor-Emmanuel, dont vous êtes le conseiller officiel, est avec vous dans une de ces situations qui décident à jamais de l'honneur d'un homme.
» Ou bien votre gouvernement n'est pas un gouvernement, ou bien vous avez le pouvoir de mettre obstacle aux entreprises d'un de vos soldats devenu chef de bandes.
» Il y a deux manières de vous opposer à ses attentats:
» Vous y opposer avant, loyalement, par des mesures efficaces et définitives;
» Vous y opposer après, déloyalement, par des mesures hypocrites; en apparence pour repousser Garibaldi de Rome, en réalité pour l'y remplacer.
y> Et ce que moi je vous adjure de faire, au nom de la religion et de l'Evangile, au nom de votre conscience, de rhonneur et du droit, ne l'obtiendrai-je pas de votre loyauté d'honnête homme, de votre intelligence et de votre fermeté?
» Hésiteriez-vous à vous honorer à jamais en montant à la tribune au nom de ce roi que Garibaldi range aussi parmi les despotes à détrôner, pour vous écrier : « La France et l'Europe peuvent compter sur notre parole [ nous ne mettrons pas, nous ne laisserons pas mettre la main sur le Pape; jamais! jamais! »
» L'Europe civilisée attend de vous cette parole; la Révolution en attend une autre : choisissez.
» Tout honnête homme sait que Garibaldi ne peut rien si l'Ralie ne le veut pas, et que ITtalie ne fera rien si la France ne le veut pas.
y) Les harangues grotesques de Genève seraient emportées par le vent des montagnes helvétiques, si la parole de cet homme qui abuse, avec une si étrange impunité, de la