‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 220 sur 259 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ce sont les comptes de la maison. Je suppose que votre mari désire que vous fassiez ceux de votre ménage et de l'intérieur : faites-les avec la plus grande exactitude, quel qu'en soit l'ennui ; c'est le devoir, et ne vous laissez pas attarder, ne laissez pas s'accumuler les notes, les mémoires : cela devient alors un abîme ; on s'y perd ou on s*y fatigue.

» Et soyez toujours prête à les soumettre à votre mari^ à l'époque où il les désire; et s'il veut que vous preniez quelque part aux comptes généraux de votre fortune, ne vous y refusez pas ; faites à cet égard tout ce qu'il vous demande, et aidez-le le plus que vous pourrez.

» Il y a ensuite les pauvres. Ici, mon enfant, il est bon de vous entendre avec lui sur ce qu'il vous convient de faire, soit pour les aumônes à distribuer, soit pour les visites que vous feriez vous-même aux indigents et aux malades.

» Vous avez aussi les Sœurs. Je n'ai pas besoin de vous recommander ces bonnes Sœurs et leur établissement : il y a là un héritage de charité que certainement vous ne répudierez pas.

» Quant à l'éducation de vos enfants, je ne puis que vous renvoyer à mes volumes, où j'ai tout dit, tout ce que j'ai pu dire.

» Mais, mon enfant, en tous ces soins, multipliés, souvent délicats, agissez avec promptitude et activité sans doute, mais aussi avec tranquillité, paix intérieure et grande possession de vous-même.

» Le péril dans les commencements, car l'habitude rend tout plus facile, c'est que tout cela ne fasse trop de bruit autour de votre âme, n'y jette quelque trouble et n'interrompe votre vie intime avec Dieu.

» J'espère, au contraire, qu'avec une grande fidélité à vos exercices religieux, à vos heures de récollection et de prière, à vos communions surtout, ce mélange de vie pratique fortifiera, loin de l'affaiblir, votre vie d'àme et d'esprit; car tout cela est pour vous le devoir, et le devoir n'est pas incompatible et peut toujours s'harmoniser avec la piété, avec la vraie et solide vertu chrétienne. »

Ces conseils, si simples, mais si sages et si pratiques, où il disait, selon un mot qu'il affectionnait, « la simple et utile vérité », se retrouvent, avec des nuances, dans beaucoup d'autres lettres :

« ... il n\' a pas à vous plaindre de la multiplicité de vos devoirs, ni comme mère, ni comme maîtresse de maison : vous pousseriez bien d'autres cris si vous sentiez vos journées vides et stériles. Vaquez à chacun de ces devoirs et à tous, posément, paisiblement, simplement, dans une grande possession de vous-même. C'est très bon de vous défier de vous-même; mais il faut, après cela, vous confier en Dieu. Là est la racine de l'humilité, de la simplicité et du courage dans l'action.

» Quant au trouble inévitable que l'action apporte toujours avec elle, la bonne volonté, l'attention et l'habitude, aidées de la grâce de Dieu, vous apprendront, je l'espère, à vous recueillir et à rentrer promptementen vous-même ; c'est cette solitude-là qu'il faut désirer, et que vous parviendrez à trouver au milieu même du mouvement et de la foule. »

« J'aime mieux l'eau vive, disait-il à l'une d'elles, que l'eau stagnante ; il y a moins, ajoutait-il en souriant, de crapauds; et puis, le pauvre roseau y vit, agité, courbé, mais nourri par cette eau vive. »

Et il dictait ces paroles :

(( Cette multitude d'occupations, c'est l'eau vive dans laquelle Notre-Seigneur veut que vous viviez, et il préfère cela à la mollesse d'une vie et d'une eau stagnante. Mais sachez, au milieu de ces occupations, posséder votre âme dans la paix, le recueillement et la patience. »

c( Dans la direction de votre maison, disait-il à une autre, soyez douce et ferme, jamais dure. » Il y a des condescendances qu'une femme du monde doit avoir; mais il y a aussi des points sur lesquels il faut qu'elle sache résister.

« Il y a, relativement à certaines choses, disait-il, à ce point de vue, un milieu à prendre, milieu très difficile et que la prière seule peut faire découvrir et garder : c'est d'accepter humblement ce que vous ne pouvez empê-

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