CHAPITRE XVI
cher, et d'empêcher doucement et habilement tout ce que vous pouvez. Il y a là deux devoirs ; mais la grâce seule peut en donner l'intelligence; la nature est violente et faible; il faut être douce, et tenir cependant, résister constamment. »
Et quand on lui disait : « Tout me froisse, tout me blesse; les humeurs sont chagrines, les caractères insupportables », son accent devenait sévère.
<,( Toutes ces plaintes, reprenait-il, c'est l'amour-propre qui répugne à toutsacrifice.il faut l'écraser, cet amourpropre... Mais vous, au lieu d'agir, vous gémissez. Est-ce donc là être généreuse? Non, c'est être, laissez-moi vous le dire, une petite poule mouillée. » Et poursuivant : (( Vous êtes la femme de votre mari, la mère de vos enfants, la maîtresse de votre maison. Eh bien, soyez ce que TOUS êtes. Le devoir, voyez-vous, le devoir, voilà la vie. Il ne s'agit pas de sentir ou non des consolations : il faut vouloir et agir, »
C'est avec ce bon sens et cette autorité qu'il pacifiail les âmes.
Un des points sur lesquels il insistait le plus était k réciprocité des devoirs dans la subordination nécessairt de la femme au mari : Vir caput mulieris. « Ma chèn enfant, rien ne m'a plus consolé que ces paroles : L'obéissance de tous les instants, soit à Dieu, soit à mon mari fait tout mon bonheur. C'est, ma bonne tille, le secret d( toute perfection, sans illusion ni égarements possibles. ) Le mutuel support, la patience, la douceur, les condescendances aux choses permises, voilà où il aimait à mon trer aux époux chrétiens le vrai moyen de maintenir ai foyer domestique la paix, l'union, le bonheur. Car tell est l'humanité, que, même dans la plus parfaite affection les dissemblances entre les caractères subsistent, et dan ces mille incidents de la vie commune, inévitablement oi se fait souffrir.
Il faut donc d'abord que la femme chrétienne support par amour son mari :
(( Il n'y a vraiment rien à dire à tout ce que vous di
votre cher mari. A cela on ne répond point par des paroles, mais par l'édification des grandes vertus chrétiennes.
)) Au fond, je suis bien sûr qu'il vous rend justice, et qu'il est trop heureux d'avoir auprès de lui une femme qui aime Dieu.
» Faites-lui sentir de plus en plus la douceur de celte âme, l'onction et la bonne odeur de Jésus-Christ, et peu à peu le doux parfum le pénétrera, même à son insu. »
Et, non seulement il faut supporter chrétiennement, tendrement, respectueusement, son mari, mais tout le monde :
« Pour vous-même et pour les autres, éviter, prévenir les chocs au milieu de ces caractères si dilTérenls, voilà la grande affaire. »
Il écrivait à une autre :
(( D'une part, défiez-vous de trop d'idéal, et entrée dans la vie réelle, ne soyez pas exigeante outre mesure... D'autre part, attachez-vous plutôt aux bons côtés des personnes et des choses qui vous entourent qu'aux côtés défectueux : de ces lacunes- là prenez votre parti paisiblement, avec indulgence, et faites en sorte de faire souffrir vous-même le moins possible de vos propres défauts ceux qui ne les voient peut-être pas moins que vous ne voyez les leurs. »
Et à une dame qui, tout en faisant effort pour être, selon son conseil, douce et bonne avec ses gens, quelquefois payait tribut à sa vive nature : «: 11 faut aller chercher à la Table sainte, disait-il, et demander à Xotre- Seigneur avec cris, avec larmes, la force, la douceur et l'humilité qui vous manquent. »
Un précieux secours, avec la piété, pour empêcher l'absorption dans la vie extérieure, et un grand auxiliaire de la piété elle-même, c'étaient, h ses yeux, les occupations intellectuelles, le travail d'esprit. Il l'avait toujours recommandé, mais il y eut un moment où, plus qu'il ne l'avait encore fait, il appela les vertus intellectuelles au secours des vertus morales et chrétiennes, tandis que