CHAPITRE XVI. 4ia
certaines personnes seraient plutôt disposées à voir, entre les unes et les autres, une incompatibilité ou u» antagonisme qui, grâce à Dieu, n'existèrent jamais. Les dons de Dieu s'harmonisent et ne se contredisent pas. Ce fut surtout quand ses travaux l'eurent amené de l'éducation des hommes à celle des femmes que ces lumières lui vinrent plus abondantes, et qu'il fit, plus explicitement, plus généralement, du travail d'esprit, un point d'appui, un secours pour le service de Dieu, en tenant compte, bien entendu, de ce que permettaient ou non la position sociale et les obligations d'état.
((J'approuve tout à fait vos bonnes dispositions pour le travail ; le travail occupera votre esprit, intéressera votre cœur, fortifiera votre âme, remplira votre temps et fera la joie de votre vie. » Voilà ce qu'il écrivait un jour à une dame maîtresse d'une grande maison.
Selon sa constante méthode, il voulait que ces lectures, ces études, fussent faites la plume à la main.
(( Prenez des notes, c'est très important; sans cela, votre travail serait à peu près peine perdue. » Et il aimait à citer ce mot de M. de Talleyrand : « Il est plus paresseux de lire que d'écrire. » Et il ajoutait : (( Faites-vous un règlement dans ce but, et ce règlement observez-le, sans humeur, sans aigreur. Il faut, sans se laisser déranger à fond, savoir subir un dérangement accidentel. Toutefois, prenez garde.
» Il est facile d'être entraîné sur ce point, et de perdre bien du temps, si l'on n'est pas ferme et résistante. Sans vouloir que vous manquiez en rien aux exigences véritables de la famille et de la société, je demande que vous demeuriez fidèle à vos heures de travail, toutes les fois qu'avec un peu d'énergie vous le pourrez; autrement vous vous laisserez déborder et ne ferez rien : il n'y a que la fermeté qui arrive ici à quelque chose.
» Tâchez seulement de compenser par plus d'égards ce que vous vous accorderez à vous-même. Et pour votre cher mari, je vous conseille d'être la plus accommodante possible. »
Ce règlement qu'il prescrivait, souvent, avons-nous dit,
iU VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
il l'écrivait de sa main ; bien plus, il indiquait les livres qu'il fallait lire, pour une saison, pour toute une année; et les résumés qu'il conseillait de faire, sur des cahiers bien soiiiiies, il voulait qu'ils lui fussent remis, les lisait avec une extrême attention, et les rendait ensuite, minutieusement annotés de sa main. Ce qu'il a fait faire ainsi de lectures et de travail suivi, même à des jeunes filles et à des dames du plus grand monde, étonnerait, si nous pouvions entrer dans certains détails. Et sa joie était grande quand il se voyait ainsi obéi, et qu'il pouvait constater les résultats positifs de cette généreuse obéissance.
(.( Bien, mon enfant, très bien, disait-il à une personne qui, malgré les dérangements de Paris, avait été admirablement docile à ses exigences. Comment! vous avez pu faire tout cela 1 Bénissez Dieu ! Bénissez Dieu ! Cela vous élève, cela vous protège, cela vous sauve. »
Et il savait si bien inspirer ce goût de l'étude, que pour quelques-unes les obstacles à ce travail devenaient une souffrance, ce Je vous avoue, écrivait-il à l'une d'elles, que je partage tout à fait votre avis sur le regret que vous éprouvez de ne plus travailler. Je vous avoue même que je ne puis me représenter ce que vous devenez toute la journée, sans travail, dans ce grand château. »
El celles qu'il jugeait en état d'écrire, non seulement pour elles-mêmes, mais pour le public, il ne craiirnait pas de les y engager. Ici, la mort ayant levé quelques voiles, nous pouvons faire l'histoire d'un livre que les âmes chrétiennes lui doivent, et qu'il obtint de la docilité de M""' de Menthon.
(( Ce qu'il vous faudrait, lui écrivait-il un jour, ce serait d'entreprendre quelque grand et saint ouvrage, qui devint, pour toutes les facultés si ardentes et si profondes de votre àme, une passion sans danger, dans toutes les peines une consolation solide, et entin dans les abattements une élévation où vous trouveriez toujours un refuge. »
Etonnée d'abord, elle finit par comprendre les raisons du sage directeur, et par accepter l'idée : et lui, après