‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 223 sur 259 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

l'avoir quelque temps appliquée à diverses éludes, ayant trouvé un jour dans la vie de sainte Jeanne de Ghanlal un sujet gracieux et fécond, Thistoire des filles de celte sainte, et qui convenait d'autant mieux à M""^ de Menlhon que le monastère de la Visitation d'Annecy pouvait lui fournir de précieux documents, il le lui suggéra.

La voilà donc attachée à une œuvre de longue haleine. Bientôt les matériaux sont étudiés et le plan tracé :

« Je goûte tout à fait votre plan, lui écrit-il ; j'espère que cela fera un bien véritable, à votre âme d'abord, et puis à vos lecteurs.

y) Travaillez donc avec courage, et n'oubliez pas qu'il faut être très simple et très positive dans le détail. »

L'ouvrage avance; M. de Menlhon lui-même y met la main, — et c'était ce que Tévêque aimait par-dessus tout, le travail à deux, dans un ménage chrétien; — les premiers chapitres sont envoyés à l'évêque; il écrit :

(( J'ai été tout à fait content des chapitres que vous m'avez envoyés à Paris. Je suis charmé de tout ce travail. Cependant, ne vous exterminez pas. »

Mais, cunctœ res difficiles, les difticultés surgissent à mesure qu'elle avance ; il la réconforte :

(( Quant à votre ouvrage, c'est précisément parce que cela devient plus difficile qu'il faut travailler avec plus de courage. »

Enfin, après quelques années de travail assidu, l'ouvrage est livré à l'impression ; il en veut voiries épreuves, il jugera mieux encore que sur le manuscrit. « L'imprimé, écrit-il, est merveilleux pour faire voir clair. » El il exige pour celte correction des épreuves la plus grande sévérité; et bien qu'aux approches du Concile il se trouve plongé dans toutes sortes d'accablements, il s'applique lui-même à cette revision avec autant de soin que s'il se fût agi d'un de ses ouvrages.

Ainsi fut faite VHistoire, très intéressante, très édifiante et très littéraire, des filles de M^^^ de Chantai. El ce n'est pas le seul ouvrage qui fut ainsi composé sous son inspiration et sa direction. Il faudrait reprendre ici, pour l'appliquer non pas seulement aux enfants, mais à tous, le

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mot de M. Renan : <( Il était un excitateur, un éveilleur incomparable, o Nul ne devinait mieux ce qu'un jeune homme, ce qu'une femme, ce qu'un homme pouvait, en fait de travaux littéraires. Ayant découvert, dans un de ses jeunes collègues à l'Assemblée nationale, M. le marquis Albert de Costa, dont nous avons déjà eu l'occasion de prononcer le nom, un original et rare talent d'écrire, il n'eut de cesse qu'il ne l'eût enfin décidé à mettre la main à lœuvre. Et le travail entrepris, il ne manqua pas d'aller exprès à La Motte voir où il en était, et stimuler de nouveau l'auteur. Et de Menthon , le lendemain : (( Cher et excellent ami, écrivait-il, je viens de vous quitter, et dussiez-vous me trouver importun, je vous reviens encore. J'ai pensé hier tout le jour à votre grand travail, et je suis frappé de plus en plus à quel point Dieu vous ménage là une belle et grande chose. Sa bonté vous a donné tout ce qu'il faut pour bien traiter ce noble et curieux sujet. Ayant reçu de lui de tels dons, ne lui soyez point infidèle, ne lui faites pas banqueroute. L'Evangile vous a appris comme il récompense généreusement ceux qui font valoir les talents qu'il leur a confiés, et puisque vous avez dans votre àme les dignes aspirations, et sous la main un trésor d'honneur pour votre famille, votre nom et vous-même, il faut le creuseï* jusqu'au fond par un travail sérieux, pénétrant, persévérant. Il faut enchâsser tous ces diamants dont j'ai entrevu l'éclat, et plus vous le ferez avec un style simple, naturel, sobre et ferme, mieux ce sera.

» Vous devez, dans cette histoire, donner à tous de grandes leçons, et toutefois vous ne devez blesser ni la France, ni la Savoie, mais éclairer, encourager, fortifier.»

Quelques mois après, il écrivait de Viroflay à M""® de Costa qui, souffrante, n'avait pas pu accompagner son mari à Versailles :

« Mon enfant, c'est encore moi, et par ordre.

» Le cher Albert est venu ce matin déjeuner ici, à travers uneneigne épouvantable, comme on en voit dans la Haute-Savoie, et il m'a apporté plusieurs de ses cahiers.

» J'ai lu la dédicace qui est exquise, et le premier cha-

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