‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 224 sur 259 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

pitre qui est délicieux. Il a vraiment reçu de grands dons, ce cher Albert, et je lui ai dit qu'il en rendrait boji compte au Seigneur.

» Et c'est lui qui a voulu que, malgré ma lettre de ce matin, je vous écrivisse encore ce soir pour vous dire ma très vive satisfaction de ce travail. ;>

Il suivit ainsi ce travail jusqu'à la fin, faisant quelquefois recommencer un chapitre, tant que ce chapitre n'était pas amené au point où il le voulait. L'ouvrage parut sous ce titre : Un homme cVautrefois. L'Académie française le couronna.

Dans sa tendre dévotion à sainte Thérèse, il avait voulu écrire sa vie. Distrait par ses innombrables affaires de ce labeur si doux pour lequel il avait cherché partout des matériaux, il en avait confié la tâche à une personne d'une rare distinction, M""^ du Pré de Saint-Maur, fille de M. Benoist d'Azy, et sœur de IsV^^ Cochin. M"^^ de Saint-Maur étant morte prématurément, l'évèque ne se découragea pas, il jeta ses yeux sur une àme de son choix, dont il avait, dès l'enfance, cultivé l'esprit et le cœur. Il eut le bonheur de lire les premières pages d'un travail qui, nous l'espérons, paraîtra, et qui comblait ses vœux : « Mon enfant, écrivait-il à cette personne, le ^2 juin 1878, moins de quatre mois avant sa mort, je viens de lire avec le plus grand intérêt et la plus entière satisfaction votre travail sur sainte Thérèse. C'est excellent, et vous êtes enfin tout à fait en unisson avec elle, avec sa charmante et profonde simplicité. Je ne puis vous dire assez quelle consolation vous me donnez par là ; vous réalisez un de mes vœux les plus ardents pour la gloire de cette grande àme que j'ai tant aimée et tant vénérée. »

Quand un beau livre paraissait, combien l'évèque était heureux! Quelle joie lui donnèrent, par exemple, les Récits d'une Sœur, de M'^' Craven ! Non seulement il lisait et relisait l'ouvrage en l'annotant; mais encore, quand il en avait la possibilité, il se faisait un devoir et un plaisir d'aider l'auteur à rendre son œuvre plus parfaite encore : avec quelle condescendance, quelles marques d'intérêt, quel esprit attentif, quel labeur personnel, on le sait déjà

-il8 VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

par ce que nous avons raconté des Moines d'Occident; en voici une nouvelle preuve :

La Vie d'Elisabeth Seton parut au mois d'avril 1868. L'auteur, M"*' de Barberey, s'empressa d'en faire hommage à l'évèque d'Orléans, qui avait si hautement encouragé et approuvé son premier ouvrage, les Offices de r Eglise, suivis d'un recueil de prières.

Ce titre : Vie d'Elisabeth Seton, n'offrait alors au lecteur qu'un nom étranger, inconnu, une biographie de plus, parmi les innombrables récits que chaque année voit éclore. L'évèque, avec son esprit ouvert à tout, en commença la lecture. L'intérêt qu'il y trouva lui fit souhaiter que l'auteur revît son travail et le perfectionnât. Véritable révélation du développement du catholicisme aux Etats-Unis, ce livre fut par lui lu, relu, commenté, avec le soin le plus attentif. Il le couvrit d'observations mises en marge; le marcjuant de traits au crayon, noirs, rouges, bleus; traits simples, doubles, souvent multiples; indiquant toutes sortes de nuances et d'impressions : l'approbation, l'admiration, la critique. •

Précieuse relique, un tel volume! On le conserve avec un soin pieux.

Cet examen, si attentif, ne pouvait demeurer stérile. L'évèque d'Orléans s'adressa à son excellent ami, M. de Corcelles, oncle de M""' de Barberey, et le pria d'exprimer à celle-ci le désir qu'il avait de s'entretenir avec elle de son bel ouvrage. Elle vint donc à Orléans. Dès le lendemain de son arrivée, l'évèque se rendit à l'appartement qu'elle occupait à l'évèché, tenant à la main le gros volume in-octavo, relié simplement, solidement, à la façon de tous les livres de sa bibliothèque. Si disposée qu'elle fût à déférer aux conseils de l'illustre évèque, elle ne se sentit pas peu déconcertée, sitôt le volume ouvert, lorsqu'elle aperçut chaque page marquée de croix, tracées en travers, au crayon noir; autant de pages imprimées, autant de pages condamnées; les soixante premières pages à peu près toutes biffées d'un trait.

Ce début faisait prévoir d'autres sacritices. Elle s'y résignait; quand l'évèque, amenant sous ses yeux, lente-

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