‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 225 sur 259 · CHAPITRE XVi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVi

ment, une nouvelle page, elle lut ces mots tracés au crayon bleu. sur l'espace laissé libreen tètedu chc^pitre iv: Ici commence l'intérêt profond, incomparable, jusqu'à la fin. — Nous n'avons pas besoin d'ajouter que la seconde édition d'Elisabeth Seton, qui suivit bientôt la première, parut entièrement modifiée, selon que l'avait indiqué l'évéque d'Orléans.

Ce qu'il aimait, disions-nous, c'est quand ce travail se pouvait faire en commun, le mari aidant sa femme, la femme aidant son mari. Ainsi, recommandant à une jeune femme le travail, l'occupation, le plein et bon emploi du temps : « Bien entendu, disait-il, j'y fais entrer l'aide dont vous pouvez être pour les importants travaux de votre mari. » C'était un homme jeune encore, et qu'il voulait absolument voir arriver a Tlnstitut, dont il est aujourd'hui bien près.

(( Je vois donc, mon enfant, écrit-il une autre fois, que Dieu est encore dans votre vie ; qu'elle se fond de plus en plus dans celle de votre cher mari, et celle de voire cher mari dans !a vôtre; que, de cette union, Dieu est l'àme et le lien. Votre vrai bonheur est là, vous le sentez; qu'il en soit donc toujours ainsi. »

Mais comme partout, dans les choses humaines, peut s'introduire l'abus, il était, à l'endroit de certaines lectures et de certaines intelligences, d'une sévère fermeté. Il avait été en mesure de constater plus d'une fois le ravage de certains livres dans certains esprits, et pour prévenir ici le péril, de même qu'il aiguillonnait les uns, il savait retenir les autres. Et voici ce qu'il écrivait un jour à une jeune femme, que son goût entraînait vers les questions philosophiques, mais que son éducation n'avait pas suffisamment prémunie contre les dangers de ces études qui peuvent tantôt fortifier, et tantôt troubler la foi, selon ce qu'on lit et les préparations qu'on apporte à ces lectures ; cette lettre pourrait s'adresser, aujourd'hui surtout, à beaucoup d'àmes ; nous la donnerons ici tout entière :

« Mon enfant, non, ne craignez pas que je vous re-

pousse, et craignez-le moins que jamais quand vous serez aussi confiante et aussi sincère. Il y a un mot de saint Augustin, que je veux vous dire à ce propos, parce qu'il m'a toujours touché beaucoup, et que j'ai cherché à en faire la règle de ma conduite avec les âmes; le voici : « Jetez-vous avec confiance dans les bras de Dieu, et ne craignez pas qu'il les retire pour vous laisser tomber par terre. » La miséricorde infinie de Dieu me semble admirablement peinte j)ar cette parole.

» Et je vois que déjà sa grâce répond à votre bonne volonté, et en soutient bien paternellement les efforts, puisque cette effusion de votre esprit sur toutes choses, ces lectures imprudentes, désordonnées, dangereuses, ont fait place à des lectures autrement sages, saines et salutaires. 11 était temps : vous périssiez : avec une présomption que rien n'arrêtait , une curiosité effrénée, téméraire, un orgueilleux désir de fausse supériorité, vous vous jetiez indistinctement sur toute pâture, et à ce régime, vous perdiez votre foi, vous altériez vos facultés elles-mêmes. A son esprit, comme, pardonnez-moi la comparaison, à son estomac, il ne faut donner que ce qu'il peut porter. Vous avez oublié cette élémentaire sagesse; vous avez voulu tout goûter, le bien, le mal; comme Eve, vous vous nourrissiez de fruits défendus, et ils se changeaient pour vous en poisons. Et vous appeliez cela la libre possession de vous-même, tandis qu'au contraire vous vous livriez, sans le savoir, à la tyrannie d'idées et de choses plus fortes que vous, et qui faisaient en vous les ténèbres et non pas la lumière, l'agitation stérile et mxorbide, et non pas la tranquillité et la paix véritables. Ainsi, vous sacrifiiez à la science qui enfie, à ce qui se croit la science, la charité qui édifie, et tous ces autres trésors de Tàme, l'adoration, l'amour, le culte, le repos en Dieu, la prière, et ses douceurs, et ses consolations, et ses forces directement puisées à la vraie source. Un certain respect de vous-même, et des âmes à vous confiées, de vos jeunes élèves, a été autour de vous une barrière; mais au fond, et malgré les fumées de la vanité, dans le vide que la vie chrétienne en se retirant laissait

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