‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 226 sur 259 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

en vous, un grand ravage se faisait, et une déplorable déperdition de tous vos dons. >i

3> Vous voilà, grâce à Dieu, sortie de cette voie, reprise à la vanité, à la témérité, rendue à Tobéissance, préservée par elle de tous ces coups de vent, je veux dire de toutes ces idées qui, venues de tous les points de l'horizon, emportaient et ballottaient votre pauvre àme, comme une barque sans lest, proie assurée des écueils.

» Tenez-vous énergiquement, mon enfant, à cette docilité, à cette simplicité, et ne vous remettez plus du tout, du tout, dans le tourbillon de ces lectures. Continuez celles que vous faites en ce moment; et surtout adonnezvous à la prière et à la sainte communion. Dans ces communications humbles, simples, et filiales avec Notre-Seigneur, vous trouverez une grande douceur, un grand apaisement, une pleine sécurité ; et vous sentirez de plus en plus la vérité de cette parole : <( L'homme a deux ailes pour se soulever vers Dieu, la simplicité et droiture de l'esprit, et la pureté du cœur.

j) Dans un autre ordre d'idées, comme étude et travail intellectuel fructueux, continuez à traduire Dante, en vous aidant d'Ozanam.

» Et puis, ne craignez pas de m'écrire, et de me tenir au courant de votre àme, de ses oscillations ou de ses progrès : je vous le demande formellement, et vous bénis bien paternellement enNotre-Seigneur. »

De même qu'il cherchait à développer, maisavec les précautions nécessaires, toutes les facultés intellectuelles au profit de la piété, dans le même but il s'appliquait aussi à épanouir les cœurs dans toutes les aflèctions bénies de Dieu.

Les conférences qu'il se trouva amené à faire aux mères chrétiennes et la rencontre que Dieu lui procura, surtout dans les vingt dernières années de sa vie, de ménages chrétiens selon son cœur, tournèrent plus que jamais sa pensée de ce côté ; et ému dans son àme, qui ressentait si vivement l'impression des grandes et saintes choses, de tout le bien qu'il y avait à faire dans ce genre de minis-

i'2'2 VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

1ère, il se dévoua plus spécialement à être, comme il Ta dit, en bénissant Dieu de cette mission comme d'une grâce dernière, a. Tapôtre des ménages chrétiens ».

Voici comment il entendait l'amour chrétien dans le mariage :

(( Mes chers enfants, car, unis comme vous l'êtes en Dieu, je ne puis vous séparer, et ce que je dis à l'un je le dis à l'autre aussi : combien je suis heureux de voir que vous continuez à l'être si parfaitement vous-mêmes ; et cela parce que vous continuez à maintenir à votre affection son caractère pur et saint.

» L'affection, voilà bien la source de votre bonheur; mais ce bonheur ne peut être que ce que sera votre affection elle-même. Si elle était vulgaire, superficielle, terrestre, se mouvant dans l'horizon des choses infimes, votre bonheur de même serait vulgaire, à la surface aussi, et pas dans les intimes profondeurs, là où sont les joies les plus suaves et les plus pénétrantes; et moins élevé et moins pur, il serait aussi moins fort, moins durable; plus tôt disparu et évanoui ; les déceptions viendraient vite, et avec elles la satiété et tout le triste cortège que cela entraîne après soi. Et précisément parce que vous avez mis sa source très haut, il se répand de soi sur votre vie tout entière et dans tous ses détails, petits ou grands.

» Les choses de l'àme sont le sommet de la vie. Comment donc, unissant avant tout vos âmes, et les unissant aussi à Dieu, source pleine, intarissable, tout le reste ne serait-il pas uni, par là même, dans la fécondité vivifiante et saintement enivrante des eaux célestes?

» Mais alors, pour que tout cela ne s'écoule pas avec la rapidité ordinaire des choses humaines, il faut que vous ne vous laissiez pas détourner de la source ; il faut que votre union garde ce caractère et soit toujours et avant tout celle de vos âmes, et toujours en Dieu. C'est pourquoi je ne saurais trop vous louer de faire ensemble vos exercices de piété, surtout vos communions, et ces longs trajets dont vous me parlez, qui vous mènent tous deux à l'église, lun sur l'autre appuyés, versant alors délicieuse-

Page 1