CHAPITRE XVI. m
ment vos âmes l'une dans l'autre, comme deux urne^ pleines.
» Ce n'est pas tout, et cela ne doit pas être corltrarié au retour par une vie vaine et inoccupée. C'est alors qu'après les soins minutieux, nécessaires, indispensables, vous de la maison, lui des affaires, il faut recourir aux lectures, aux études, en les concertant, en les combinant, en vous les communiquant...
» Je ne dis pas, mes chers enfants, que vous n'aure2 pas, quelque jour aussi, vos épreuves; mais j'espère, oui. j'espère pour vous, après un matin si pur, un beau joui et un plus beau soir encore. »
Cela s'adressait à un très jeune ménage; la lettre que voici à un ménage plus ancien, plus affermi dans cette mutuelle vie chrétienne et ces vertus conjugales que Tévéque prêchait tant :
« Mon enfant, je vous écris avec une grande joie de cœur, parce que je suis sur de vous en donner une très douce et très vive.
» J'ai vu votre cher mari celte après-midi, et, s'il continue de ce train, il deviendra plus parfait que vous et même plus humble.
» J'en ai été profondément touché et édifié.
» Nous sommes convenus de deux communions par semaine, d'une bonne méditation chaque malin, de la sainte messe et du chapelet ; de la rupture avec le monde et avec tous les cercles mondains, et du travail régulier chaque soir et chaque malin.
» Mais ce qu'il faut que vous sachiez, quoique l'orgueil doive vous tenter ici, c'est que c'est vous, ce sont vos exemples qui lui inspirent tout cela.
)) J'aime tellement vos deux âmes, que j'étais attendri en récoutanl... »
Le travail et même les exercices de piété en commun sont des détails d'une importance souveraine, mais enfin des détails dans ce grand ensemble des devoirs des époux chrétiens : il y a quelque chose qui en est pour ainsi dire la racine, un point central qui porte tout : révéqued'Or-
léans avait, pour exprimer sa fondamentale pensée sm^ le mariage et l'amour chrétiens, une formule qu'il répétait souvent : c II faut, aimait-il à dire, surnaturaliser l'affection. » Il a écrit sur ce sujet des choses admirables. Mais nous aimons mieux ne point toucher un tel sujet que de l'effleurer. Peut-être un jour, dans un écrit spécial, nous sera-t-il donné d'être sur tout ceci moins incomplet.
Le mariage est le grand courant de la vie humaine ; mais il y a aussi les voies exceptionnelles. Bien souvent, dans le cours de son ministère, l'évéque d'Orléans eut à se prononcer sur des vocations à la vie religieuse. Sans aucun doute, il avait une prédilection pour cette vie ; heureux, comme prêtre, d'arracher à la corruption ou à la vulgarité mondaines, et de donner en épouses à Jésus- Christ des âmes dignes de cet honneur: heureux, comme évêque, de fournir à l'apostolat du sacerdoce ces auxiliaires inappréciables. Et il en a décidé beaucoup à l'embrasser. Oui, il y en a, à l'heure qu'il est, en grand nombre, sous le voile, derrière les grilles, de ces pures et saintes victimes du plus bel amour, de ces holocaustes vivant, ou de la prière, ou de la pénitence, ou de la charité, qui sont là par lui, et parce qu'il leur a dit : Allez. Nous ne croyons pas cependant que personne ait apporté plus de délicatesse, de réserve et de circonspection dans les décisions de cette nature. On l'a vu plus d'une fois se déclarer, en dernier ressort, pour la vie dans le monde, même quand d'autres avant lui avaient opiné pour la vie religieuse. Il aurait eu horreur de violenter une vocation; mais il estimait qu'il la faut discerner dans l'ombre quelquefois très obscure où elle se laisse entrevoir à peine ! C'était, selon lui, un devoir pour le directeur de révéler ce trésor à des âmes qui peuvent le porter en elles sans le savoir; un devoir de les aider contre elles-mêmes, et au besoin contre tous, à le conquérir: comme aussi de les arrêter tout court, dans des désirs irréfléchis ou de pieuses illusions. Voici un exemple de sa pratique en ces délicates circonstances :