‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 228 sur 259 · CHAPITRE XVI. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. m

« ...Mon enfant, j'attendais quelque consolante nouvelle; mais vous savez que pour moi la consolation est encore plus dans la fidélité sèche et courageuse que dans la douce exaltation.

))Oui, je crois que vous avez le grain de sénevé, et je demande à Dieu pour vous la science de l'employer puissamment pour sa gloire et votre véritable bonheur.

» Où sera-t-il pour vous ce bonheur véritable? Je l'ignore absolument; ou plutôt, je me trompe, il ne sera, certainement, infailliblement, que dans le grand amour de Dieu. Mais où sera ce grand amour de Dieu? Sera-t-il dans la vie religieuse ou dans le mariage? C'est ce que j'ignore... J'attends la Providence, et je prie avec confiance. ))

Et l'enfant insistant :

« II faut donc vous dire ce que je veux. Et si je ne veux rien que ce que le bon Dieu veut, comme c'est mon devoir? Et si je ne sais pas encore ce qu'il veut?

» Et si j'attends patiemment qu'il daigne nous révéler sa volonté?

» Faudra-t-il que ma chère enfant s'impatiente contre Dieu et contre moi?

» Ne se résignera-t-elle pas à ce grand sacrifice que Dieu lui demande de modérer son impétuosité, sa fougueuse activité, et, ce qu'elle définit encore plus sévèrement que moi, cette mobilité terrible, qui, si elle ne se laisse enfin gouverner, modérer, dompter, pacifier, ne laissera jamais à l'esprit de Dieu le temps d'être pour cette pauvre àme l'esprit de force, de vérité et damour?...

» Mais, au lieu de cela, j'ai une pauvre enfant qui voudrait que je la fisse religieuse demain, ou autre chose, quitte à en être désespérée le surlendemain, et qui en attendant ne sait pas se tenir un jour tranquille et heureuse sous la main de Dieu.

» Ou plutôt, elle est meilleure que je ne le dis et qu'elle ne le pense; et si tout à coup elle était rejetée dans les agitations d'où elle est sortie, elle commencerait à estimer et regretterait profondément ce dont elle jouit de paix, de vraie lumière, et quelquefois de célestes douceurs.

» Mais telle est notre ingratitude, que nous ne sommes jamais contents du bon Dieu, même quand il nous comble de biens; et tel est notre aveuglement, que nous ne sommes pas contents de nous-mêmes, et ne savons pas nous supporter, même quand le bon Dieu nous supporte, et au fond est content de notre pauvre petite fidélité.

)) Donc, ma chère fille, il faut avoir bon courage et marcher toujours, soit dans la fidélité sèche et amère, soit dans la fidélité consolée et généreuse.

» Voilà des conseils auxquels je serais bien heureux que ma chère enfant ne sût pas résister. »

Mais voici une correspondance qui nous permettra de l'étudier de plus près dans cette si délicate responsabilité, où il faut tant de tact, de prudence, de clairvoyance et de fermeté. 11 s'agit d'une de ces âmes qui n'étaient pas de son ovile, mais que Dieu de temps en temps lui envoyait de loin, attirées qu'elles étaient par cette lumière qui brillait là, à Orléans. Celle-ci venait du protestantisme, non anglais ou américain, comme déjà plusieurs autres, mais français. Et, chose étonnante, deux appels à la fois venaient de se faire entendre à elle, un appel au catholicisme, un appel à ce qui est dans le catholicisme le sommet, la vie religieuse. Et une chose ajoutait à la difficulté, il fallait faire cette œuvre de loin, d'abord, et par correspondance. C'est ce qui nous permet, autorise que nous v sommes, d'en dire quelque chose.

11 commença par répondre à certaines difficultés dogmatiques, à certains préjugés d'éducation qui restaient encore, et quand il eut ainsi dissipé les dernières ombres, et amené cette personne à la complète lumière, il crut devoir enfin lui écrire la lettre suivante :

(.( Mon enfant, oui, je crois que l'heure de Dieu est venue, et, grâce à sa bonté infinie, ce long travail de votre intelligence, de votre cœur, de votre àme tout entière, cette marche lente, mais droite et sincère, vers la lumière totale et l'amour total, vous ont enfin conduite, comme vos premières lettres men avaient tout d'abord donné l'espérance, vers l'heureux ferme. Vous êtes catholique main-

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