‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 229 sur 259 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

tenant, il est temps de vous en ouvrir enfin à votre famille. Le coup sera grand ; mais soyez sûre que Dieu en adoucira pour elle et pour vous la poignante douleur; le coup sera grand, et c'est pourquoi, pour qu'il n'y ait pas deux coups dans un, mon avis est que vous ne parliez d'abord que de votre retour dans le giron de la sainte Eglise. Et si l'on vous pose la question que vous prévoyez, répondez-y avec simplicité; je ne m'oppose pas à ce que mon nom soit prononcé, et ma lettre même communiquée, si cela vous paraît utile. L'essentiel est que votre famille soit bien convaincue que c'est chez vous conviction parfaite et résolution bien arrêtée; un devoir impérieux de conscience. Et même, par une condescendance encore que je crois légitime, en ce qui touche la profession publique de votre nouvelle foi, ne vous montrez pas disposée à brusquer, à agir soudainement; faites entendre que vous êtes prête à consentir ici à une transition raisonnable, si on le désire, mais que c'est un parti pris irrévocablement devant Dieu. »

Elle avait du reste déclaré qu'elle ne ferait, en attendant, aucun acte positif de protestantisme.

« Pour ce qui est de la vocation à la vie religieuse, sans me prononcer définitivement, voici pourtant quelle est ma pensée. Je suis très fortement incliné à croire que c'est chez vous une vocation véritable, et voici mes principaux motifs de penser ainsi : c'est d'abord la pureté parfaite, le désintéressement absolu de vos vues; j'ajouterai, et cet attrait singulier pour le sacrifice, qui me semble une inspiration de Notre-Seigneur. C'est ensuite que ce goût pour cette vie d'élite, loin de paraître le résultat d'une imagination exaltée, est accompagné au contraire de la perception très positive, non seulement des sacrifices qu'il vous faudra faire pour en venir là, mais encore des épreuves certaines que vous oITrira, parla partie extérieure d'elle-même, cette nouvelle vie.

» M vous ne vous dissimulez, ni vous ne vous exagérez ces épreuves, qui tiennent, je le disais, au cùte extérieur de la vie de communauté, mais qui nem pèchent pas, pour les âmes qui savent, et ce n'est pas difficile, s'élever au-

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dessus, la sève intérieure, l'onction secrète, les pures^ austères et profondes joies qui viennent de la certitude qu'on a choisi la meilleure part. Je suis donc très porté à croire que c'est vraiment l'appel de Dieu que vous entendez, sans voir encore d'une manière très claire à quelle vie religieuse vous seriez appelée : c'est là une question dont la solution viendrait ensuite. Mais je pense qu'il ne faudra pas le déclarer tout d'abord à votre famille, ni trop différer non plus; ce sera affaire d'appréciation délicate et de filiales convenances.

» Que vous ressentiez, mon enfant, dans la partie humaine de votre être toutes ces frayeurs dont vous me parlez, je n'en suis nullement surpris. Vous êtes au moment de donner à votre àme et à votre vie ce dernier coup qui tranchera tant d'anciennes, douces et fortes attaches! Mais je ne doute pas que le bon Dieu ne vous fasse sentir aussi les douceurs cachées au fond de tous les grands sacrifices et de tous les grands devoirs remplis. J'espère aussi qu'il disposera vos chers parents, mieux qu'il n'y a lieu de l'attendre peut-être, et que pour eux aussi il adoucira cette épreuve. Le triomphe de sa grâce serait assurément complet si un jour vous les voyiez^ eux aussi, touchés de la même lumière et du même amour que vous. Qui peut savoir les desseins secrets de sa miséricorde? Mais en faisant ce que vous allez faire, mon enfant, vous ne leur êtes pas rebelle, et vous préparerez pour eux, autant qu'il est en vous, les voies à ces grandes bénédictions divines; au fond, vous leur donnez le plus grand témoignage d'affection que vous puissiez leur donner.

» Je vous bénis bien paternellement en Xotre-Seigneur. »

La résolution d'un retour au catholicisme fut donc déclarée. Comme il arrive toujours en pareil cas, la désolation fut dans la famille; l'évêque se hâta de venir au secours de la néophyte :

(( Mon enfant, ce qui vous arrive ne me surprend pas; il était facile de le prévoir, et je m'y attendais. Mais vous n'avez jusqu'ici, grâce à Dieu, pas le moindre reproche à vous faire. Vous avez obéi à la voix impérieuse de votre

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