CHAPITRE XVI
conscience et à un devoir sacré. Quand Dieu envoie sa lumière, quand la vérité se montre, il faut aliei^-, coûte que coûte, à la vérité et à Dieu. Mais, de tout ce qu'il pouvait y avoir de plus douloureux dans cette obéissance, je ne connais rien de comparable à ce que vous subissez en ce moment. Qu'y faire pourtant? Cette désolation de ceux qui vous sont le plus chers au monde est-elle irréparable? Est-elle juste? Et doit-elle prévaloir contre un devoir aussi évident que celui auquel vous vous immolez?
» Toutefois, en face de cette douleur, si injustifiable qu'elle soit, quoique si naturelle, les plus grandes délicatesses vous sont imposées. Il faut rester ferme, inébranlable; ceci est bien entendu. Mais il faut aussi accorder à la piété filiale, à la déférence, au respect tout ce qui peut se concilier avec la fidélité à Dieu.
» J'approuve donc tout à fait que vous accordiez à vos parents un temps moral qu'il n'est pas possible de déterminer quant à présent, dont la durée dépendra un peu des circonstances. Et en attendant, faites tout pour persuader à vos chers parents que vous n'avez pas agi à la légère ni avec exaltation, mais qu'il y a chez vous conviction et résolution invincible, et qu'en même temps toute votre tendresse pour eux subsiste inviolable, inaltérable. Et alors peut-être finiront-ils par voir les chosec sous un aspect plus favorable, et par vous laisser enfii' la liberté de votre conscience et de votre sagi'ifice sans \ ajouter pour vous la douleur de les désoler eux-mêmes. Je l'espère de la bonté de Dieu, et je le lui demande. Allons, mon enfant, courage. Vous êtes sous le feu de l'épreuve la plus sensible, la plus déchirante. Mais la grâce de Notre-Seigneur est avec vous; ce que sa grâce a commencé, j'espère qu'elle l'achèvera. Qui cœpit opus ipse et perficiet. »
Ce fut bien autre chose quand elle laissa entrevoir ses désirs de vie religieuse. Voici, dans cette délicate épreuve, les conseils et la direction que l'évècjue lui donna :
« Mon enfant, la décision précise que vous désirez sur la communauté particulière où Dieu veut que vous vous consacriez à lui, je ne puis encore et à celte distance
VOUS la donner. J'aurais besoin de vous voir et de causer un peu intimement avec votre àme, et j'espère que bientôt, peut-être, cela me sera possible. Je vous le ferai savoir.
» Mais une décision immédiate n'est nullement nécessaire, et il me paraît indispensable au contraire que vous restiez quelque temps encore dans le monde et dans votre famille, portant toujours devant Dieu votre sainte pensée, la méditant sans trouble et sans impatience, et vous donnant tout le temps d'approfondir votre vocation, de vous en convaincre vous-même, et d'en convaincre aussi votre famille : c'est ce dernier point qui est particulièrement délicat, et demande de vous une délicatesse et une prudence extrêmes.
» La peine de vos chers parents est si naturelle, et, au point de vue où ils sont, avec les idées qui sont les leurs, il leur est si difticile de comprendre et d'accepter votre sacrifice ! Laissez à la douleur le temps de s'épancher; à ce qu'ils croient leur devoir toute facilité pour vous faire toutes les observations qu'ils croiront raisonnable et juste devons faire; il faut qu'ils soient bien convaincus que vous avez tout écouté, tout considéré, tout pesé, et que vous ne cédez pas à un entraînement, mais à une conviction. Ayez pour eux, en tout le reste, plus d'égards et de tendresse que jamais. Sur le point précis de votre vocation, écoutez avec déférence, calme et respect; répondez avec fermeté, mais douceur; qu'ils sentent bien que l'affection est en vous vive, profonde, plus filiale que jamais, de telle sorte que, s'ils vous voient faire céder de tels sentiments, ils comprennent que ce n'est pas parce qu'ils vous manquent, mais parce que réellement une voix plus haute et plus forte vous parle; la seule devant laquelle et le sentiment filial, et le sentiment paternel et maternel doivent s'incliner.
» Et pendant cette épreuve et cette lutte, tournez-vous plus que jamais vers Dieu dans la prière; là est votre joie, votre consolation , votre paix, votre lumière. Béni soit Dieu qui daigne mêler aux amertumes de ces combats l'onction de ses consolations 1 Cela n"a pas lieu toujours; c'est alors l'épreuve suprême. Je lui demande de vous