‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 24 sur 259 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

parole, ne tirait toute sa force du silence de ceux qui devraient parler. »

Le 20 septembre, quatre journaux à la fois publiaient à Paris cet écrit. La sensation fut profonde, aux Tuileries surtout. Des revers subis par notre politîVjue au Mexique, des points noirs entrevus à l'horizon, prédisposaient l'empereur à peser dans sa conscience les responsabilités que les événements, encore plus que cette grande voix d'évêque, rejetaient sur lui avec tant de force. Le sentiment catholique agitait surtout l'impératrice, qui redoutait, non sans raison, pour l'avenir même de son fils, en retour de la chute imminente du Pape, les représailles de la Providence, si visii)les dans l'histoire. Averti de ces dispositions, l'évèque d'Orléans crut devoir lui adresser un exemplaire de sa brochure : l'impératrice eut la giacieuseté de lui écrire « qu'elle avait lu avec intérêt cet éciit » et que « la grandeur du but lui avait fait oublier les aspérités du chemin ». A ces délicates paroles lévéque d'Orléans crut convenable et utile de répondre par la lettre suivante :

« Je ne voudrais pas être indiscret, ni fatiguer Votre Majesté; mais je crois (Jevoir la remercier d'avoir bien voulu me suivre dans ma défense de Rome et du Saint-Père, sans s'apercevoir, ainsi (ju'ellea eu la gracieuse honte de me le dire, des aspérités du chemin, à cause de l'élévation du but.

» J'ai recueilli avec bonheur l'expression de la haute sympathie de Votre Majesté pour cette sainte cause si chère à tous les cœurs chrétiens, et qui a pour protection et sauvegarde l'honneur de la France.

» J'espère donc qu'il reste ainsi au Saint-Père un protecteur plus puissant que moi. »

Sous la pression de l'opinion publique soulevée, le gouvernement français se décida enfin à l'action; une escadre appareilla à Toulon; immédiatement le gouvernement piémontais donna ordre au capitaine Pallavicini démettre la main sur Garibaldi. Le télégraphe arrêta alors nos vaisseaux. L'évèque d'Orléans partageait avec ses prêtres les exercices de la retraite pastorale quand ces nouvelles lui

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i6 VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

arrivèrent. Ceux qui l'ont entendu alors n'oublieront jamais avec quel accent il en lit part à son clergé. Il croyait le péril éloigné. Mais c'était une nouvelle feinte; Garibaldi était arrêté et ne Tétait pas; on le laissait haranguer la foule, tandis qu'on le reconduisait, plutôt coraine un triomphateur que comme un captif, à Caprera. Tout étant prêt, à travers les quarante mille hommes de M. Ratazzi ses bandes passèrent, envahissant par tous les points le territoire pontifical: Menotti s'avançait jusqu'en vue de Rome; Garibaldi lui-même quittait son île, et rejoignait ses chemises rouges.

Le moment était suprême. On avait espéré, annoncé, qu'à la première apparition des bandes l'insurrection courrait comme une traînée de poudre; mais pas un mouvement ne se produisit; partout au contraire les populations acclamaient les troupes pontificales. Celles-ci faisaient des prodiges, battant les Garibaldiens en toutes rencontres; un sang généreux coulait, mais déjà deux grands résultats étaient obtenus : la fidélité des populations romaines était démontrée, et la France avait le temps d'arriver. Mais viendrait-elle?

L'évéque d'Orléans, dans un nouvel écrit qu'il intitula post-scriptum de la lettre à M. Ratazzi, jeta alors de nouveau tousses cris : les mots terribles, les dilemmes inéluctables se pressent sous sa plume: il met pour ainsi dire le couteau sous la gorge à Thonneur français :

(( La convention, aujourd'hui, vous la trouvez détestable, mais enfin elle est là, dernier garant de l'honneur français, et elle se retourne contre vous et vous confond.

» Elle vous confond, car inexécutée et violée par vous, elle rend à la France toute sa liberté d'action.

» X'est-il pas notoire que les bandes qui troublent en ce moment les Etats pontificaux ne sont pas composées de Romains? Tout le monde est d'accord là-dessus, même les ennemis du Saint-Siège. Que les quarante mille hommes de M. Ratazzi aient laissé passer com plaisamment les envahisseurs, ou qu'ils aient été impuissants à les empêcher, dans les deux cas la France a le droit et le

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