‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 232 sur 259 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

» Je le sais encore, il n'y a que ce qu'on fait pour le monde et pour la vaine gloire qui soil un jour à jamais perdu, quand le bruit fugitif des applaudissements'a passé, ou quand le fruil épiiémère des succès humains a péri, ou quand mi ordre parti d'en haut nous fait tout à coup disparaître de la scène, comme il vient d'arriver à celui que les corps de l'Etat conduisaient ces jours-ci à sa dernière demeure. Le mot de saint Augustin est toujours vrai, vani, vancDii. Pour vous, mon ami, qui en définitive combattiez pour Dieu, puisque vous combattiez pour l'Eglise, vous n'avez pas à redouter cette triste issue de vos travaux. Si ce qu'on fait pour un but périssable cadit ciun labili jUinsi que le dit Vlniitation, par une raison opposée ce qu'on fait pour un but immortel demeure, malgré les contraires apparences.

» Néanmoins, quand on s'est trop jeté dans le tumulte et la mêlée, dans le côté extérieur des choses, quand Dieu a bien été le but réel de tout, mais peut-être éloignéy quand toutes les forces de la pensée et toute l'activité de l'àme se sont exercées directement et se sont dispersées dans ces agitations du dehors, sans qu'on se soit assez réservé au fond de son àme un lieu solitaire et silencieux pou7' y vivre avec soi-même et avec Dieu, s'il survient un de ces coups, un de ces revers si fréquents dans la vie politique, quelque flot qui vous rejette sur le rivage, qu'arrive-t-il? On retombe tristement sur soi-même, et on trouve en soi un vide, une lacune, une faiblesse, qu'on ne soupçonnait pas.

» C'est ce dont vous avez fait l'expérience ; vous ne viviez pas assez avec Dieu...

» ...Vous aviez bien un certain amour de Dieu, puisque enfin vous serviez sa cause, et que, par sa grâce, vous vous défendiez du péché. Mais cet amour qui saisit l'àme, qui la remplit tout entière, qui la soutient, qui la gouverne, qui la console, qui l'anime, qui règne là, ce régnant amour, comme dit saint François de Sales, qui est prêt à tout immoler, qui est heureux du sacrifice, l'aviez-vous? Votre amour de Dieu allait-il jusque-là?

)) Et cependant, vous le connaissiez, cet amour... Que dis-je? vous le voyiez : Oui, vous l'avez vu, près de vous,, chez vous, à vos côtés, dans un être chéri qu'il a élevé jusqu'au plus sublime sacrifice. Vous m'en avez fort bien rendu compte en me parlant de cette généreuse enfant...

» ...Vous êtes trop seul : vous n'avez pas assez appelé Dieu en vous ; vous vous êtes trop laissé dominer, ou par le charme austère des luttes pour la justice, ou par les généreux entraînements de la vie publique, ou par tous ces mille bruits de la rumeur humaine, et vous n'avez pas su, assez, par une combinaison nécessaire, faire dans tout cela la part de Dieu et la vôtre...

y> ...Ce que vous n'avez pas fait dans la distraction de la vie publique, faites-le dans la paix de la vie privée : que ce soit là pour vous la compensation, le remède, le cooperantur in bonum, dont je vous parlais; et puisque la condition en est lamour de Dieu, aimez Dieu, mon cher ami, donnez- vous à Dieu de ce régnant amour , comme vous l'a dit saint François de Sales; de la bonne sorte, comme il aimait à dire encore.

» J'éprouve une joie amicale, et comme une certaine fierté, avons tenir ce langage : je sens,, mon ami, qu'il vous va si bien! Il est si digne de votre àme et de ses dons d'aimer Dieu ainsi ! Est-ce que ce n'est pas là le plus grand, le plus saint, le plus noble, le plus fort amour?

» Ah ! si après Sainte Elisabeth de Hongrie^ dans cette flamme de jeunesse que vous aviez alors, vous vous étiez mieux dit cela : Oui, moi, qui viens d'écrire la vie d'une sainte qui m'est devenue si chère, il faut que je devienne saint! Et comme la sainteté est le fruit de l'amour divin,^ il faut que j'aime Dieu : Dieu qui ne trompe pas, qui ne trahit pas, qui ne glisse pas et ne manque pas entre les mains, comme tout ce qui brille et bruit dans le monde! Si vous vous étiez mieux dit cela, et si l'amour, le grand amour de Dieu, pour lequel votre àme était si bien faite, était entré plus pleinement vainqueur en vous, et eût dominé plus souverainement toutes vos puissances, et si

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