‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 233 sur 259 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

VOUS aviez plus aimé en lui tout le reste, vos amis, vos enfants , la .compagne de votre vie, tout eût tleuri et rayonné dans votre àme! Et si, aujourd'hui, après les déceptions, les froissements, les tristesses, et toutes les meurtrissures de l'àme, ce grand amour se retrouvait là, riche des sacrifices passés et prêt aux sacrifices futurs, tout aurait bientôt reileuri; le rayon qui vous manque, et qui jetterait sa lumière et sa joie sur vos tristesses, vous l'auriez.,.

» ...Remarquez bien que je ne vous dis pas : renoncez à la vie extérieure, aux préoccupations des choses publiques. Pas le moins du monde. Je n'entends rien retrancher à votre esprit, à vos études, à vos lectures. Je voudrais seulement que vous y introduisissiez un élément nouveau :l.\ vie intérieure, qui non seulement ne détruit pas l'autre, mais qui l'aiderait au contraire, et lui apporterait une force de plus. Veuillez bien l'entendre, cette vie intérieure eût été pour vous, au temps de vos grandes luttes, une force de plus ; comme en ce moment c'est une force de plus que j'entends apporter par elle à ce qui vous reste de la vie publique, non moins qu'une consolation à la noble tristesse que vous cause la vue de tant de tristes choses. )>

Après ces considérations générales, l'évêque entre dans le détail pratique des choses; puis il conclut; et voici (ce mot encore est écrit de la main de M. de Montalembert) la conclusion de V admirable lettre :

«... Sursiim cordât — Dixi mine cœpi! Le cœur en haut, la main à l'œuvre. Tous deux, mon ami, nous vieillissons, moi de dix ans plus que vous; le temps s'envole, les aimées fuient avec une rapidité irrésistible : nos œuvres vaudront ce qu'elles vaudront; mais celle à laquelle nous devons attacher le plus grand prix, c'est nous-mêmes.

» Nous sommes à cet âge où la tristesse de la vie, et cet inexorable ennui qui en fait le fond, nous atteint plus vite et plus profondément qu'autrefois, surtout à la vue de la méchanceté et de la médiocrité triomphantes; où, comme disait votre éloquent ami, Lacordaire, « la lumière des

choses se ternit, les soucis creusent le front, et l'ambition même, lasse du succès, laisse échapper ce cri de la vanité trompée :

Mon cœur lassé de tout demandait une erreur, Qui vînt de mes ennuis chasser la nuit profonde, Et qui me consolât sur le trône du monde.

» Xous ne sommes pas sur le trône du monde, et notre cœur n'en est pas moins un peu lassé de tout; mais nous avons mieux pour nous consoler qu'une erreur : nous avons le vrai, pur et saint amour de Dieu, la seule chose ici-bas qui ne soit pas vaine, et qui nous suivra, avec le fruit de sa fécondité, au delà du tombeau.

» Defendons-nous contre les défaillances. Quelque près que nous soyons de ce soir de la vie, et quelque sombre qu'apparaisse à nos yeux l'horizon du monde, quelque chose, plus haut et plus loin, resplendit : regardons vers cette lumière, et tournons là nos pas, avec une indéfectible espérance. La cause sacrée qu'au fond vous avez servie ne peut périr ; c'est la cause de la grande vertu chi'étienne, et cela est supérieur à tout ; et, quelles qu'aient été les nuances trompeuses, les déceptions, les trahisons, il y a là une immortalité qui sera la vôtre ; mais il faut de plus eu plus en être digne par i'àme, et les vertus que Dieu couronne... »

Nous n'ajouterons pas un seul mot. Et à ceux qui trouveraient que nous nous sommes trop étendu sur ces choses, bien qu'il soit manifeste que nous n'avons fait que glaner dans un champ immense, volontiers nous répondrions avec Bossuet, s'attardant aux plus humbles détails dans le récit de la conversion de la princesse palatine : « Je n'ai regret qu'à ce que je laisse. » Ces développements, si sommaires, au fond, étaient nécessaires pour faire entendre ce que nous voulions mettre ici en lumière, à savoir quel serviteur utile et dévoué des âmes a été toute sa vie l'évéque d'Orléans.

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