CHAPITRE II. il
devoir de vous dire : Si vous avez laissé passer volontai rement, c'est m-e indignité, et vous avez déchiré le traité, et vous m'en devez raison. Si vous n'avez rien vu, rien su, rien pu, c'est à moi qu'il appartient d'agir...
y> L'invasion grandit chaque jour, et, je le dis avec tristesse, pas une ligne sérieuse dans le Moniteur. La conscience publique attend.
j> De vaines protestations après les faits accomplis, il y en a eu trop jusqu'ici; il n'en faut plus : personne ne s'y laisserait prendre.
)) La France pourrait se lever et dire à son gouverneîfient : Vous m'avez trompé.
» Le Corps législatif pourrait dire : Vous m'avez trompé.
» Et le Pape et l'Eglise, et les puissances catholiques, à leur tour, pourraient dire : Vous nous avez trompés.
y> Oui, si le pouvoir temporel du Pape succombe, nous sommes responsables. Ce sera le crime de l'Italie, et aussi le nôtre. Voilà le cri de l'inflexible histoire.
j Non, il n'y a plus ici qu'une chose à faire : il faut que M. Piatazzi sache qu'il ne peut aller à Rome qu'en nous passant sur le corps.
» Ou nous sommes déshonorés.
» Le Pape renversé, le Piémont à Rome, la Papauté errante et fugitive, ou, malgré les mensonges qu'on nous réserve, sujette et prisonnière de Victor-Emmanuel; notre occupation de dix-huit ans anéantie; la politique séculaire de la France foulée aux pieds; et toutes nos paroles, toutes nos déclarations, toutes nos promesses, tout ce que nous avons dit tant de fois et si solennellement, à la France, à l'Italie, au Pape, à lEurope, bafoué et jeté au vent; et les plus grands intérêts nationaux, sociaux, religieux, livrés et trahis; et enfin les justes malédictions du monde catholique, et l'exécration de l'avenir sur une telle œuvre et sur nous :
)) Si nous croyons n'avoir ici, en face de pareilles indignités, d'autre droit, d'autre devoir et d'autre honneur que de regarder faire, et de dire enfin comme Pilale : Je m'en lave les mains!
» Ah! devant cette honte, si l'Italie pouvait l'infliger
i8 VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
à mon pays, je l'avoue, je rougirais un moment d'être Français.
» Et qu'on ne s'étonne pas de l'énergie de mes paroles. Il s'agit ici, l'empereur lui-même l'a proclamé, « de ce que les hommes ont le plus à cœur, » et de plus sacré.
» Qu'on le sache bien d'ailleurs, la conscience catholique est ici inexorable, et du jour où le Pape serait renversé, commencerait contre la révolution italienne, dans le monde chrétien tout entier, une action en revendication éternelle.
)) Naguère, dans un noble langage, l'empereur a parlé de points noirs à l'horizon et de revers passagers. Ici la noirceur serait trop profonde, et le revers ne serait point passager.
» Les malheurs du Pape voileraient d'une ombre trop funèbre notre étoile.
» Xon, encore une fois, la chute du Pape ne peut devenir le pendant de la chute de Maximilien. »
Que pouvait faire de plus pour défendre le Pape un évèque qui n'avait à sa disposition que sa parole et le cri de son âme? Ce cri, auquel la conscience publique fit un long écho, eut-il un retentissement dans l'àme de l'empereur? Quoi qu'il en soit, le corps expéditionnaire reçut détinitivement l'ordre de partir. Une troisième fois l'évêque d'Orléans s'empressa d'élever la voix; pour remercier le gouvernement, et demander des prières pour le succès de l'expédition. Cette lettre paraissait le r^G octobre, et le même jour le Pape signait à Rome le bref le plus élogieux qu'il eût encore adressé à son vaillant défenseur. De son côté, le cardinal Antonelli lui écrivit : « Votre plume nous a valu une armée. »
Mais cette armée arriverait-elle à temps pour conjurer les derniers malheurs?
Ce fut au milieu de ces angoisses que, pour répondre aux pressantes invitations de l'évêque de Coutances, l'évêque d'Orléans dut se rendre aux fêtes religieuses du Mont-Saint'Michel, antique et illustre abbaye, bâtie dans