CHAPITRE XVII. io
Celle douleur porta un nouveau coup à la santé déjà profondément ébranlée de Tévéque. <( Pauvre Lacombe, avait-il écrit à ses amis en leur annonçant son arrivée, il ne me reconnaîtra plus!» Sa vie, en eiïet, allait y être bien changée. Plus de ces ascensions joyeuses à la montaiine. Pas même à celte station sur le chemin de Saint- Murys,qui était, depuis que son âge ne lui permettait plus les grandes courses, son lieu de promenade préféré ^ Même la chambre qu'il occupait depuis si longtemps, au premier, ne put lui être donnée; M. Du Boys l'établit dans son propre appartement, qui se trouvait au rez-de-chaussée, de plain-pied avec la terrasse. Mais en vain voulut-on le dissuader de son voyage à Einsiedeln. Son dessein arrêté était d'y aller faire une retraite, qui devait être dans sa pensée, et qui fut de fait, immédiatement préparatoire à la mort. Après quelques jours de doux repos, sur sa roule, à Monabri, près de Lausanne, chez M""' la princesse Wiltgenstein, il arriva le 7 septembre au vieux monastère. Et dès le lendemain, fête de là Nativité, il
scène violente avec son évêque, « foudroyé par sa colère et sa vengeance ». Deux témoins oculaires, M. l'abbé Chapon et le vénérable M. du Boys, ont opposé à cette odieuse calomnie des démentis catégoriques et indignés. Le récit de l'abbé Cliapon, publié dans la Défense du 11 septembre 1884, raconte les circonstances, non pas horribles, mais touchantes, de cette mort, et la tendre affection témoignée par l'évêque d'Orléans à son vicaire générai. >'ous ajouterons, nous, que la scène de violence de Mb''" Dupanloup malade, et d'ailleurs si calme et si doux alors, contre son vicaire général malade aussi et mourant, était d'autant plus impossible que jamais l'intimité entre eux n'avait été plus grande; téaioin les lettres écrites alors par Msr Dupanloup, avec un accent si profond, en particulier à M-'" Coulié, à M. Léon Lefébure, ami particulier de M. Gulhlin, et à nous-même.
1. Il se trouvait que le chemin y était horizontal, et le point de vue admirable. Au delà d'une gorge profonde, au penchant de collines verdoyantes, s'apercevaient les deux villages de Sainte-Agnès et de Laval ; au-dessus, des mamelons étages sur des mamelons ; et au loin les grands monts couverts de neige ; d'un autre côté, la riante vallée de l'Isère, et les âpres sommets de la Charireuse. 11 avait témoigné e désir d'ériger là, sur le bord du chemin, un petit oratoire, où il €spérait que les gens de la montagne s'arrêteraient en passant. M"^ JN'etty du Boys réalisa ce vœu après sa mort. Quand il s'agit de payer le terrain, le paysan, sachant qu'on l'avait acheté en souvenir
commençait sa retraite; il la termina le dimanche 15 septembre.
Sm'-le-champ il eut le sentiment que cette retraite serait la dernière. « Pour le coup, écrivit-il, c'est bien la dernière fois que je visite ce lieu. G'est'une grande grâce que Dieu me fait de m'y ramener. Il faut y faire ma préparation à la mort. Finis venit: renit finis. La faii'e dans le calme et la confiance. L'inquiétude enlèverait le peu de forces qui restent. » Le lendemain, il écrivit encore : (( Dieu m'inspire de faire cette retraite dans la confiance et dans les souvenirs de sa bonté. » Il voulut passer en revue sa vie tout entière. Ses Memoranda l'y aidèrent beaucoup. <.( J'ai relu, écrit- il, les Memoranda sur la petite communauté, Saint-Mcolas, Saint-Sulpice. Que de grâces le bon Dieu m'a faites! C'en est un tissu admirable. »
Les souvenirs du catéchisme et de Saint-Mcolas le consolèrent aussi beaucoup. La revue de son épiscopat amena ces questions : « Près de trente ans d'épiscopat : quel compte à rendre à Dieu!... Ai-je assez fait pour les âmes? Pour les hommes surtout? Oh! combien j'ai voulu convertir ce diocèse!... » Le lendemain il revient sur ces
de M?'" Dupanloup, ne voulut pas recevoir l'argent. Le 2 juillet 1880. l'archevêque d'Albi, M^r Ramadié, grand ami de M?i" Dupanloup et de M. Du Boys, vint bénir le petit monument. Sur la stèle qui supporte la statue de la sainte Vierge, Virgo fidelis, allusion à la Vierge de Mgi" de Quélen, se lit l'inscription suivante, qui résume bien la vie de l'évêque d'Orléans à la montagne :
Ad perpetuam memoriam Amicorum in castello degentium
Felicis Dupanloup Dulcissimâ dilectione
Episcopi aurelianensis Pacis amans ac solitudinis Qui loci hujus amœnitate caplus Magnomontiumdelectatusaspectu
Hic amahat quiescere Refecds viribus
Breviarium et rosarium Ad nova iturus certamina
Deambulando recitare Qnod ei fuit in votis
Consuetos libres volvere Swfc liarum arborum tegmine
Quotannis Virgini fideli
Colles istos revisens Gratitudinis ac pietatis testimo-
Post magnos exantlatos labores [7ilum
Pro Ecclesiâ et Patriâ Dedicare simulacrum
IIuc adduclus Amici posuére