CHAPITRE XVIi
pensées, sur ces tristesses, les difficultés du ministère aujourd'hui, et il conclut humblement cet exameij^par ces paroles : « Il y a eu un peu de bien. J'ai fait de mon mieux. J'ai assez, quoique mal travaillé. Et maintenant : Cupio dissolvi, et esse cum Christo. Jésus-Christ 1 Jésus- Christ! c'est pour lui que, décidément et foncièrement, il faut et je veux vivre et mourir. » Le bon père Claude, depuis de longues années son confesseur, vint et lui dit (( plusieurs bonnes paroles de saint Augustin : Si te accusas, Dcus te excusât : Tu t'accuses? Dieu t'excuse. Gcmina didcedo inpectore Jesu : Il y a une double douceur dans le cœur de Jésus. Lougani mitas in expectando, facilitas in condonando : Longanimité dans l'attente, facilité dans le pardon. 5> Et le bon père ajoutait : « Jésus- Christ est là, dans le fond de votre cœur, vous jugeant avec douceur, avec compassion, avec miséricorde. » Ainsi parlait ce vieil et austère religieux, image vivante de la bonté divine, à ce vieil évèque si près de sa mort, à ce serviteur de l'Eglise, qui était là à ses pieds, s'accusant, et craignant, lui, travailleur infatigable, de n'avoir pas fait assez. « Il m'a dit encore, ajoute l'évèque : Allez votre train, et soyez en paix. Et il a répété ces paroles : Gaudcte in Domino: Soyez joyeux en celui que vous avez voulu servir toute votre vie. Pax Dei, quœ exsuperat omnem sensum : Emportez dans votre àme cette paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment. »
Il fit donc cette retraite avec grande douceur et paix; mais aussi avec grande fatigue physique. « C'est le matin, écrivait-il, que je me sentais le plus fatigué : mon heure d'oraison avant ma messe était ce qui me reposait le plus... »
Avait-on de même autour de lui, à Einsiedeln, le sentiment qu'on ne devait plus le revoir? Car les attentions pour lui étaient plus délicates que jamais. « Le très aimable père abbé, écrit-il, est venu me voir. Quelle bonté! L'excellent père Albert aussi. » Le père Albert, un des religieux les plus distingués d'Einsiedeln, avait passé, ainsi que le père Jean-Baptiste, quelques années dans son Petit Séminaire de La Chapelle. Son ancien élève, l'arche-
vêque de Reims, M=f Laiigénieux, qui était venu également faire un pèlerinage à Notre-Dame des Ermites, fut frappé de l'affail^lissement visible de sa santé, et aussi de sa douceur, et des condescendances de sa charité. La magnifique procession qui clôt à Einsiedeln l'octave de la Nativité le toucha profondément. Lorsque, le lendemain, il fit ses adieux au vénéré sanctuaire, il était très ému. Son confesseur, le P. Claude, pleurait. Cependant, lui voyant tant d'énergie encore, et une si parfaite paix, malgré son émotion, quelques pères voulaient espérer que ce ne serait pas son dernier pèlerinage.
Il désirait visiter Tévêquede Saint-Gall, son ami; à son grand regret il y renonça. Mais il n'en fut pas de même de Menthon. Il avait appris que le deuil était encore au château de Menthon : M. le comte Alexandre venait de tomber malade ; et aussitôt l'évêque avait écrit au frère de son ami, M. le comte Bernard : « Votre grande tristesse, bien loin de m'éloigner de vous, m'y ramènerait plus promptement encore. Vous comprenez quelle presse de cœur j'ai pour revoir notre cher malade, et le bénir dans sa foi, sa résignation et son courage. » Il ajoutait probablement dans son cœur, « et pour vous faire mon dernier adieu ». On ne le trouva cependant pas à .Menthon aussi affaibli qu'on le craignait. Une certaine gaieté douce, un calme inaccoutumé, une sérénité constante, que l'on remarquait en lui, faisaient une sorte d'illusion. L'impression fut la même à La Motte, chez M. Albert de Costa, où il voulut s'arrêter quelques jours aussi. Jamais il n'avait montré plus de naïveté charmante, mêlée à de grands élans d'àme, et à des sollicitudes sacerdotales toutes paternelles pour les amis et pour les âmes qu'il retrouvait là.
Parti de Lacombe le 2 septembre, il y revint le :25, le corps abattu, l'àme transfigurée. Mais laissons parler ici ceux qui étaient là, et qui ont vu :
« Nous eûmes tous l'impression, dit Tauteur des pages suaves intitulées : Les derniers jours de Mo'' Dupanloup^ que cette retraite avait été l'apogée de sa vie spirituelle... Nous eûmes peur pour la terre, en l'écoutant parler de Dieu, en le voyant faire oraison et dire la messe. Tout en