‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 245 sur 259 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

gné tant de fois bénir, et que je fasse de grand cœur à l'avance ie sacrifice de ma vie en expiationxle mes péchés, et en union avec le sacrifice de la croix.

» Je meurs dans le sein de la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, dans laquelle j'ai eu le bonheur de naître et d'être élevé par une incomparable suite de bontés et de miséricordes toutes divines, que rien ne pourra jamais assez reconnaître.

» Je demande aux prêtres que j'ai élevés ou que j'ai ordonnés de ne pas m'oublier au saint autel. C'est bien à eux que je puis dire avec confiance : Miseremini mei, saltem vos, amici mei, filioli mei.

» Je demande aussi instamment les prières des bons fidèles du diocèse d'Orléans. J'aurais voulu faire beaucoup plus que je n'ai fait pour leur procurer à tous la bénédiction de Dieu et le salut éternel. Qu'ils invoquent pour moi la miséricorde de notre Sauveur.

» Je demande à tous ceux qui auront la charité de prier pour moi après ma mort de ne se faire aucune illusion sur moi et sur mes besoins. Mes besoins seront infinis, et jamais on n'implorera trop la miséricorde de Dieu pour mes misères.

» Je désire que les prières qu'on aura la charité de faire pour le repos de mon àme soient présentées à Dieu par la très sainte Vierge Marie, dont la protection sur moi a été, dès les premiers moments de mon existence, constamment depuis, et quelquefois avec tant de douceur, si maternelle.

» Invoquant donc pour ma dernière heure la très sainte Vierge qui a été ma mère depuis ma naissance, et particulièrement depuis ma première communion jusqu'à ce jour; invoquant tous les saints anges, particulièrement saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël, l'ange qui a fortifié Notre-Seigneur au Jardin des Olives, et mon saint ange gardien, et celui de mon diocèse; invoquant mes saints patrons, particulièrement saint Félix et saint Antoine, et tous les saints, particulièrement saint Euverte et saint Aignan, sainte Geneviève et saint Denis, saint Pierre et saint Paul, dont le souvenir m'a décidé et dont l'assis-

i72 VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

tance m'a soutenu en ce que j'ai essayé de faire pour la défense du Saint-Siège;

» Puis, demandant pardon à tous ceux que j'aurais pu offenser, auxquels j'aurais pu faire peine ou tort sur la terre,

» Je prends les dispositions suivantes... »

Là s'arrêta l'abbé Bougaud.

L'effet produit par la lecture de ce testament, en un tel moment, devant un tel auditoire, fut inexprimable : tant d'humilité avec tant de gloire, tant de piété avec tant de vaillance, on était saisi jusqu'au fond de l'àme.

Cette humilité parlait un langage plus saintement exagéré encore dans le codicille annexé au testament :

« Codicille.

» Il s'est à peu près établi qu'on fait après la mort d'un évêque son oraison funèbre. Je demande de la manière la plus expresse et la plus formelle que cela ne soit point fait pour moi. On ne peut, dans ces sortes de discours, rendre vraiment hommage à la vérité. On y vient louer un pauvre homme qu'on n'a pas connu à fond. J'ai horreur de penser qu'on viendrait là pour me louer, et blesser la vérité, que Dieu sait. Je défends absolument qu'après moi on fasse sur moi aucune oraison funèbre.

» Versailles, le 23 juin 1871.

5) t Félix DuPANLOUP, évêque cVOrlêans. »

II demandait le silence sur sa tombe, et son nom retentissait partout; l'oraison funèbre qu'il avait voulu interdire, tout le monde la faisait. Nous avons dit les larmes du Pape^ Les plus éloquents de nos pontifes le célébrè-

1. M. le marquis de Gabriac, alors ambassadeur de France à Rome, ayant eu Toccasion de voir à ce moment le Saint-Père, Léon XIII lui parla dans les tcrmes'les plus affectueux de l'évèque d'Orléans, rappelant les services qu'il avait rendus à toutes les époques, son immédiate soumission après le Concile, sa protestation contre la confiscation de ^

Page 1