‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 246 sur 259 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

renl dans des lettres pastorales magnifiques. Les évêques des pays les plus éloignés s'unirent au deuil de l'Eglise de France. La poésie le chanta. Toute la presse redit ses œuvres, et les journaux étrangers, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Italie, et jusqu'en Orient et dans la lointaine Amérique, firent écho aux feuilles françaises ; et un illustre poète, M. de Laprade, put dire :

Pontife vénéré, ta renommée emporte

La louange de tous. . . et l'outrage d'un seul.

Quelque temps après sa mort, le 18 mars 1879, la petite église de Saint-Félix, en Savoie, où il avait été baptisé, était témoin d'un grand spectacle: Quatre prélats, un clergé nombreux, une foule considérable venue dWnnecy, de Chambéry. de toute la Savoie et de la France, la remplissait tout entière, et débordait sur la petite place : selon le vœu formel exprimé dans son testament par M^^Dupanloup, on apportait là son cœur. Il avait voulu remercier ainsi hautement le ciel de la miséricordieuse élection qui fut la sienne.

Et voilà où repose maintenant ce grand cœur : dans une petite église de village. Mais à quiconque viendra s'agenouiller là, en pèlerin, ce cœur, tout poudre qu'il est, parlera encore de Dieu, des àraes, d'honneur, de vertu, de magnanimité, de vaillance, de tout ce qu'il y a de beau el de saint sur 4a terre ^

biens de l'Eglise en Italie, ses deux derniers actes, cette lutte contre le centenaire officiel de Voltaire et cette éloquente lettre sur le Denier de saint Pierre. L'opinion persistante de notre ancien ambassadeur, qu'il a bien voulu nous communiquer, est que si M^''' Dupanloup eût vécu, les pourparlers entre le gouvernement français et le Saint-Siège pour sa promotion au cardinalat auraient été repris avec succès sous le nouveau pontificat, et déterminé son admission dans le Sacré-Collège, à l'un des premiers Consistoires, probablement celui où furent créés Ms' Haynald, le R, P. Newmann, et iM-'" Pie. — Le regretté comte Ch. Conestabile, dont on sait les rapports intimes avec Léon XIII, nous a écrit que telle était aussi son opinion.

1. Le petit village de Saint-Félix est à peu de distance d'Aix-les- Bains ; de là le chemin de fer, en une demi- heure, dépose le voyageur à Albens : on n'est plus qu'à peu de distance de Saint-Félix.

471 VIE DEJIONSEIGNEUR DUPANLOUP.

L'Académie française donna pour successeur à J'évêque d'Orléans M. le duc d'Audiiïret-Pasquier. La réception eut lieu le 19 février 1879. Le chaleureux orateur eut ce jourlà une de ses meilleures inspirations. Au lieu de ce tranquille plaisir d'esprit que donne d'ordinaire la régularité savante des discours académiques, ce fut une flamme généreuse qu'il lit passer dans toutes les âmes. Dans sa peinture à grands traits vit et respire la physionomie aux aspects si divers et si sympathiques de l'illustre évéque.

On lui prépare dans sa cathédrale un monument digne de lui. Il y sera sculpté, non pas debout, selon que beaucoup le souhaitaient, mais, par une inspiration plus profonde peut-être, comme un athlète au repos, l'athlète des saints combats, quidortaprèsla bataille, les mainsjoinles sur son cœur, dans la sereine majesté de la mort. Une vision lui fait apercevoir au-dessus de sa tète l'héroïne glorihée par lui, Jeanne d'Arc, hdèle au rendez-vous qu'il lui avait donné: « Nous nous rencontrerons un jour* », tenant d'une main sa bannière, de l'autre lui montrant le ciel. Un bas-relief le représente entouré de quelques-uns de ses amis, et de ces enfants qu'il a tant aimés. Aux deux angles du monument veillent, debout, sous les traits d'un père de l'Eglise et d'un chevalier, l'Eloquence et le Patriotisme.

Mais quel que soit le talent de l'artiste, un monument plus beau et plus durable encore sera érigé à M=' Dupanloup dans tous les cœurs, par ladmiration de la postérité, et la reconnaissance immortelle de l'Eglise et de la France.

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