CHAPITRE II
la mer, sur un rocher, à une lieue des c(Mes de Normandie, et entourée, selon les alternatives du flux et du reflux, tantôt des grèves et tantôt des flots. Autrefois des chevaliers se tenaient là; on en avait fait depuis la Révolution une prison; Tévèque de Coutances avait réparé ces ruines et y avait installé des missionnaires; il s'agissait d'inaugurer l'église splendidement restaurée. Il y avait à cette cérémonie six évêques. On avait compté sur la parole de l'évêque d'Orléans; mais, pris d'un violent enrouement, il ne put dire que quelques mots. A Bayeux, à Caen, à Rennes, le clergé, les catholiques, sous l'émotion encore toute vive du Post-scriptum qui venait de paraître, lui offrirent des hommages empressés, des adresses enthousiastes. Mêlant toujours à tous ses voyages comme à tous ses plus grands travaux le soin des âmes, il ne manqua pas, en revenant, de visiter au château de Meniljean une nohle et pieuse famille, qui lui était hien dévouée, M""^ de Champagne mère et ses enfants : M. et xM""^ de Cihampagne et M""^ P. d'Armaillé.
Il était de retour à Orléans depuis quelques jours seulement, lorsque le 5 novembre, comme il se trouvait avec quelques-uns de ses prêtres chez le vénérable curé de la cathédrale, un télégramme lui fut communiqué par le préfet du Loiret, M. Bureau : c'était la nouvelle de la victoire de Mentana. Sur-le-champ il se leva, et alla réciter à la cathédrale un Te Deum; et le lendemain il prenait pour la quatrième fois la plume, afin de célébrer la victoire remportée, et prescrire de solennelles actions de grâces.
c( Messieurs, il faut rendre grâces à Dieu.
)) Je vous demandais, il y a quelques jours, des prières pour le Saint-Père et sa vaillante armée, et pour les soldats français envoyés à leur secours.
» Vous n'avez pas prié en vain, et aujourd'hui c'est le jour des actions de grâces. Une victoire signalée et décisive a été remportée par les troupes pontiflcales sur les bandes garibaldiennes.
» Voilà donc une victoire qui soulage les consciences,
et nous devons nous réjouir avec la France entière de ce que la justice, l'honneur, la religion,, ont enfin leur jour. »
Il célébrait ensuite la vaillance des vainqueurs :
(( Nobles jeunes gens, nous les avions vus à Rome, beaux et fiers sous les armes, contenant, dans un service obscur et silencieux, leur bouillante ardeur: dévouement de chaque jour, de chaque heure, non moins héroïque que celui des batailles.
•» Ils méritaient d'en être récompensés, et Dieu enfin leur a donné le fruit de ces patients labeurs...
> Quelle voix sort de leur triomphe?
» Ils proclament avec une éloquence irrésistible, ces champions de la plus belle des causes, qu'il y a encore aujourd'hui de nobles cœurs qui savent se dévouer pour la faiblesse et la justice ;
» Et que cette cause sacrée du Pontife remue dans le monde catholique les fibres les plus profondes et les plus délicates des âmes.
^ Ils ont vaincu, non pas seulement la violence armée, mais la calomnie et le mensonge; et il faudra bien que dans les conseils de l'Europe leur voix compte et soit entendue. >
Il n'écrivait pas ces choses simplement pour soulager son cœur après tant d'angoisses ; il avait un hut plus haut, il songeait au lendemain.
c( Certes, je ne sais point lire dans les mystères de la diplomatie, mais à elle aussi je le dirai : Rarement plus belle occasion lui a été otîerte de relever la justice et d'affermir le droit, et à notre pays de maintenir sa haute intluence et tout le prestige d'une grande mission noblement achevée.
» La France a le droit de ne plus croire à de vaines paroles, et d'exiger de l'astuce italienne des gages sérieux et définitifs...
)) Un congrès, dit-on, doit s'occuper de la question. A mes yeux, certes, la question est résolue; ou plutôt il n'y a pas ici de question. La souveraineté du chef de l'Eglise doit être respectée... »