‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 34 sur 259 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

toucher i'évêque à la prunelle de l'œil ; mais il n'était pas homme à laisser se produire sous ses yeux, sans rien dire ni rien faire, une pareille tentative. Il réunit un jour, au Grand Séminaire, tout le clergé d'Orléans, et insista fortement sur la nécessité d'enrayer le mouvement, et d'adopter pour la direction des consciences une règle uniforme et ferme. En ce qui le concernait, il avait une force en main, l'immense autorité de sa parole; il en usa; de là ses conférences aux mères chrétiennes, qu'il Ht très assidûment, les années 1860, 1861, chaque samedi de Ta vent, et qu'il voulut, l'année 186:2, prolonger jusque dans le carême. Il les fit encore pendant les années 1863, 1864-, 1866. C'étaient des entretiens très simples, très familiers, dans lesquels il parlait sans apprêt, et comme de sa plénitude, des plus graves devoirs des épouses et des mères, en homme d'une expérience consommée, en homme pratique surtout; entrant dans le vif de la vie chrétienne ; ne demandant, en apparence, que des choses très faciles, par conséquent accessibles à toutes, mais qui, si elles étaient observées, feraient, ni plus ni moins, des saintes dans le monde ; ce qui ne l'empêchait pas de s'élever, comme par bonds, de ces détails de la vie quotidienne il la plus vive et à la plus haute éloquence. Nous avons donné ces conférences au public, aussi fidèlement reproduites que nous avons pu, mais refroidies, comme toute parole vivante fixée après coup dans un livret On les a néanmoins accueillies avec grande faveur. Mais c'est bien ici qu'il faut dire aux âmes que cette lecture a touchées et charmées : Qu'eùt-ce donc été, si vous l'aviez entendu lui-même ?

Cependant le grand traité sur rEducation se poursuivait à travers toutes les interruptions que nous avons racontées. Pendant que I'évêque d'Orléans écrivait ces Lettres aux hommes du monde, qui forment, comme nous l'avons dit, le sixième et dernier volume de cet ouvrage, et depuis

1. Conférences aux mères chrétiennes, 2^ édition, 1 vol. in-12, chez Gervais, rue de Tournon,

qu'on le savait, de divers cotés on lui avait demandé si son intention n'était pas d'étendre aux femmes les conseils qu'il offrait aux hommes. Il répondit par un petit écrit, court, délicat, exquis, qu'il intitula : Quelques conseils aux femmes chrétiennes sur le travail intellectuel qui leur convient^. Mais quand une veine féconde s'ouvrait devant lui, l'évéque d'Orléans aimait à la suivre jusqu'au bout. Le désœuvrement intellectuel des femmes du monde ne le touchait pas moins que celui des hommes, et malgré certains préjugés tyranniques et désastreux qui le révoltaient, ce qu'elles pourraient dans les choses de l'intelligence et les avantages qu'elles retireraient d'un travail desprit bien ordonné le frappaient au plus haut degré. Les diamants parmi elles ne sont pas rares ; ce qui l'est plus, c'est de donner à ces diamants tout leur poli et tout leur éclat. Il entrait dans son rôle d'éducateur, et aussi de directeur et de prêtre, de se préoccuper d'une telle question. Cette idée désormais ne le quittera plus; le voilà engagé, par amour des âmes, par zèle sacerdotal, sans lâcher prise, malgré les interruptions du Concile, de la guerre, et des assemblées politiques, dans une série de nouveaux travaux et de luttes qui Toccuperont jusqu'à la fin de sa vie.

Fénelon était jeune encore quand il écrivit son immortel Traité de réducation des filles: Tévèque d'Orléans abordait à soixante-quatre ans ce sujet, qui ira s'agrandissant toujours devant lui; il l'abordait avec des expériences étendues, prolongées, complètes, ajoutant encore à ses vues personnelles celles de femmes éminentes que son ministère et ses grandes relations lui avaient fait rencontrer; les interrogeant, les mettant à l'œuvre, et faisant autour de son livre comme un faisceau de toutes ces lumières réunies ^ Quelques années auparavant, l'il-

1. Cet écrit terminait le volume des Lettres aux hommes du monde; il parut aussi en brochure.

-. Entre autres >P^ la supérieure générale du Sacré-Coear, et M"^- Perdreau, dame de cette communauté; M"""- de Mentlion, M"^ Cochin, M" Netty du Boys, etc.

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