‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 36 sur 259 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

blissement de la philosophie dans les lycées, et M. Duruy avait même, à celte occasion, deux fois rendu visite à Tévèque d'Orléans, rue Monsieur; mais ici un intérêt immense était en cause, et on entendit bientôt le vig-lant évêque pousser des cris, comme une mère à qui on essayerait d'enlever ses enfants.

Il faut le dire, parce que c'est la vérité, sans lui peutêtre la circulaire de M. Duruy eût passé inaperçue, ou du moins son entreprise n'aurait pas rencontré de sérieux obstacles. Mais le perspicace évêque en vit tout dabord la gravité, avant même que les commentaires de la presse irréligieuse en eussent intempestivement dévoilé le but et la portée, et nous n'oublierons jamais quelle fut son émotion quand, un matin, on lui fit lire dans le Bulletin de rinstruction publique cette fameuse circulaire du ^6 octobre 1867. L'enseignement supérieur pour les jeunes filles, certes, il n'en avait pas peur, puisqu'il avait devancé le ministre lui-même dans cette voie. Et la liberté de l'enseignement supérieur en France, c'était son ami, M. deFalloux, qui, le premier, y avait songé ^ : et l'évêque d'Orléans en était si partisan, qu'au cours même de la polémique que nous allons raconter, il la réclama dans une éloquente brochure, et (ju'il aura plus tard l'honneur de la conquérir. Ce qu'il redoutait, et à bon droit, c'était le mode et l'esprit de cet enseignement, tel qu'on le voulait constituer.

Depuis longtemps il voyait venir le péril. Déjà, en 1854, avait paru dans la Revue des Deux Mondes un article, constatant l'opposition qu'il y a aujourd'hui entre le scepticisme des hommes et les croyances des femmes, et proposant de ramener ce qu'on appelait l'unité dans la famille, mais par l'incrédulité. C'était du reste la grande thèse agitée dans les loges en même temps que celle de l'enseignement gratuit, obligatoire et laïque, ainsi que l'évêque le voyait dans les journaux maçonniques, éclos depuis la circulaire de M. de Persigny, et qu'il avait trouvé

1. M. de Failoux avait créé aussi une commission exlia-parlementaire pour préparer une loi sur l'enseignement supérieur.

ni - i.

moyen de se procurer. Et lorsque, imbu de ces idées, M. buruy, dans un projet de loi sur l'enseignement primaire déposé à la tribune du Corps législatif en 1866, toucha à ces dangereuses questions, et demanda la gratuité et l'obligation, pas encore la laïcité, un amendement avait été proposé par M. Jules Simon et quelques députés, tendant à ce qu'un cours d'enseignement supérieur pour les jeunes filles fût établi dans chaque lycée. Le Corps législatif avait repoussé alors l'amendement et le principe de l'amendement. Quand donc par voie de simple circulaire, et comme à la dérobée, sous prétexte de donner son complément à la loi votée en avril, M. Duruy imagina de faire passer l'enseignement des jeunes filles de quatorze à dix-huit ans entre les mains des professeurs de l'Université, l'évéque d'Orléans ne pouvait se méprendre sur le péril caché là. Le courageux évêque laissa tous ses autres travaux pour courir à ce péril.

Beau et grand spectacle, non de passion, quoi qu'on ait pu dire, mais de zèle sacertodal ; périlleuse, mais nécessaire défense des âmes, de la foi et des plus hautes délicatesses des âmes. Toute la presse, universitaire, officielle et officieuse, révolutionnaire et impie, acclamait le ministre : un évêque, seul, osait se mettre en travers et dire à un ministre de l'instruction publique : Vous ne passerez pas. Dans une lettre adressée à un de ses collègues, et où l'ironie aiguisait encore les bonnes raisons, il démontra l'inutilité, l'inconvenance et les dangers de l'éducation des jeunes filles telle qu'on prétendait la fonder; il prouva que cette entreprise était impossible dans la pratique, au triple point de vue de la religion, de la morale et du foyer domestique ^

Cette lettre se terminait par un appel éloquent aux évéques :

« J'en appelle aussi à l'épiscopat : c'est à nous surtout, pasteurs des peuples et dépositaires de la foi, qu'il appartient de redoubler de vigilance pour défendre ce dépôt et

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