CHAPITRE III
protéger les âmes ; à nous de voir venir les périls, de repousser les attaques, manifestes et avouées, ou cachées et profondes. Notre-Seigneur nous a avertis que c'est pendant la nuit et le sommeil que l'ennemi sème l'ivraie dans les champs. A nous donc de veiller, toujours, toujours. Notre vie n'est qu'une longue veille.
» Nous sommes d'ailleurs bien placés pour voir clair. Gardiens des doctrines, nous avons l'œil ouvert sur les courants de l'opinion, sur les erreurs semées à petit bruit et qui germent peu à peu, sur ce que l'on appelle l'état général des esprits et des idées. Et en même temps pasteurs des peuples, obligés de passer sans cesse de l'étude des théories aux détails de la pratique, nous voyons lever l'ivraie, grandir la mauvaise semence ; nous prenons sur le fait les doctrines dangereuses appliquées, colportées, implantées peu à peu jusque dans le fond des plus petits villages.
» Et après avoir vu, notre devoir est de dire tout haut ce que nous voyons, sans crainte de déplaire aux hommes, sans ménagements timides : nous n'avons à ménager que la vérité, et, pour parler comme Notre-Seigneur, nous devons faire passer avant tout ces jeunes âmes qu'il nous a confiées, et « dont les anges voient dans le ciel la face de Dieu. »
L'épiscopat fut encore une fois entraîné; le péril avait été démontré avec une si saisissante évidence! Quatrevingts évêques lui envoyèrent de chaleureuses adhésions. (( Vous êtes toujours sur la brèche, lui écrivait le cardinal de Besançon, Ms'" Mathieu; vous rendez à l'Eglise et à la France, aux bonnes lettres et à la science, un immense service. » — • « Courage, iMonseigneur, lui criait l'évèque de Dijon, Ms^ Rivet, l'épiscopat est avec vous : tous ceux qui ont l'esprit droit et un cœur pur vous forment un cortège d'adhésions avec lesquelles il faudra bien que le gouvernement se décide à compter un jour. » — « Lorsque Votre Grandeur, il y a quelques mois, daigna nous honorer d'une trop courte visite, lui écrivait M?"^ Plantier, les catholiques nîmois vinrent saluer avec enthousiasme dans l'évèque d'Orléans le vaillant défenseur du Saint-
Siège, et lui offrir une couronne d'or comme témoignage de leur reconnaissance et de leur admiration. Si vous reparaissiez maintenant dans notre ville, ils en présenteraient une seconde au défenseur, je dirais presque au vengeur des intérêts les plus sacrés de la famille. Votre lettre sur l'enseignement secondaire des jeunes tilles n'est pas seulement un chef-d'œuvre ajouté à tant d'autres sortis de votre plume, elle est encore un immense bienfait pour le foyer domestique et même pour la patrie. » — Quelque temps après, l'évèque de >'îmes lui adressait une seconde lettre, qui était elle-même un écrit magistral sur la question. Toutes ces lettres, publiées par l'évèque d'Orléans en pièces justificatives dans un écrit subséquent, agirent puissamment sur l'opinion.
Cet écrit était une seconde lettre, adressée à un des évéques qui avaient adhéré à la première avec le plus de force, à M?^ l'évèque de Xantes, et il mit dans un plus grand jour encore la tentative de M. Duruy. L'évèque d'Orléans y poussait des cris comme ceux-ci : « Quelle France voulez-vous nous faire? Je vous le demande. Vous gémissez, non de ce qu'il n'y a pas assez déniaisons d'éducation pour les jeunes filles, mais de ce qu'il y en a trop, et que vous n'y êtes pas. On y fait des femmes chrétiennes, et vous n'en voulez pas. »
Mais le ministre se défendait habilement, et il agissait. Il se défendit d'abord par une pluie de communiqués, en même temps qu'il faisait ouvrir ces cours publics pour les jeunes tilles partout où il le pouvait, et même à Orléans. L'évèque d'Orléans recueillit c^^ communiqués, et les pulvérisa un à un, dans un petit écrit, clair, rapide, incisif. Cet écrit allait paraître, l'évèque d'Orléans se trouvait même pour cela à Paris, lorsque le ministre, ayant eu une réunion du Conseil supérieur de l'instruction publique, s'y défendit avec tant d'adresse, atténua avec tant de dextérité la portée de sa circulaire, et la présenta comme une chose si simple aux yeux des membres de ce Conseil nommés par lEmpereur, qu'il en obtint une approbation. Par une délicatesse que tout le monde comprit, M=''' l'archevêque de Paris étant de ce Conseil, M?'' Du-