‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 38 sur 259 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

panloup ne publia pas alors son écrit, et ajourna sa réponse, mais pour la compléter.

Les gros bataillons de la presse étaient pour le ministre, disions-nous; mais dans son triomphe la presse irréligieuse dévoilait trop ouvertement le but poursuivi, et écrasait le ministre par ses éloges. « Pour vaincre l'ennemi qui fait obstacle à tout progrès, disait le Siècle^ il n'y a qu'un moyen : instruire les femmes, pour qu'elles instruisent les filles, et forment des libres penseuses. » Le barbarisme créé alors a passé dans la langue, la polémique en avait besoin. — « Enlever définitivement la direction des esprits à l'Eglise, consommer la sécularisation des intelligences, telle était, selon le Temps, la portée de la circulaire. » — « Au fond, et en définitive, disait un autre journal, c'est le sort de la France qui est en question. }) C^était bien là ce que, malgré les dénégations ministérielles, l'évêque d'Orléans avait vu et ce qui enflammait son courage. La femme sans foi à la place de la femme chrétienne : cet idéal au lieu de cet idéal ! Eùt-il été seul dans la lutte, il serait allé jusqu'au bout.

Il prépara donc tranquillement sous ce litre, la Femme ' chrétienne et française, une réponse plus vaste, et qui devait embrasser tous les aspects de la question. Elle a trois parties distinctes, et, de l'une à l'autre, on monte toujours. C'est d'abord une polémique de détails : cette réponse aux communiqués , déjà un peu oubliés, mais rajeunie et complétée par des faits d'une actualité plus présente. Dans la seconde partie, l'horizon s'élargit, la discussion déborde M. Duruy et sa tentative, ou plutôt elle la place dans son vrai jour en la rattachant à une vaste conspiration de la libre pensée contre la femme chrétienne. Cette démonstration est poussée, avec une abondance d'effrayantes citations, aussi loin que possible. Que de cris éloquents encore à travers cette pénible, mais instructive exposition! Que de récriminations terribles contre les écarts de l'enseignement officiel î Que de traits, en passant, jetés à tous î La troisième partie, tout en conservant une allure polémique encore, s'élève néanmoins sur les sommets les plus radieux : l'évêque trace, avec

complaisance, avec amour, le portrait de la femme chrétienne, et celui de la femme française, en regard de la femme telle que la ferait l'enseionement que l'on veut lui imposer. Il y a là tour à tour des pages suaves et des pages indignées ; l'ensemble est d'un effet puissant, irrésistible.

Citons-en au moins un fragment.

a Laissons pour un moment les querelles douloureuses, les discussions amères, les polémiques étroites. Elevonsnous dans de plus sereines régions, et, pour nous consoler de la tristesse de ces luttes, reposons enfin nos regards sur quelque chose de meilleur et de plus heureux...

» 11 y a ici-bas une créature que le mal a moins touchée, qui reste pure encore au milieu de nous, et qui a pour mission de préserver le foyer domestique, d'écarter les nuages de la vie, de soutenir et de purifier l'homme lui-même : c'est la femme chrétienne ; la femme telle que le christianisme nous l'a faite, et c'est son œuvre la plus belle. Créature d'une exquise beauté morale, inconnue avant Jésus-Christ, son expression la plus haute et la plus pure fut une femme incomparable, tout à la fois vierge et mère, qui s'appelle Marie ; et, depuis dix-huit siècles, la femme chrétienne est là, au milieu du monde, contemplant ce type sublime, et demeurant elle-même sous nos yeux le U pe aimable et touchant de toute décence et de toute vertu...

» ... Figure délicate et généreuse, en qui la beauté s'allie avec la vertu, la douceur avec l'énergie, la tendresse avec le courage, et qui aide Ihomme lui-même à combattre contre les instincts vils et grossiers, contre les appétits brutalement désordonnés de la nature humaine.

» Qui n'a rencontré, au moins une fois dans sa vie, sous un toit béni de Dieu, une femme chrétienne? Qui n'a vu, comme le dit admirablement l'Eglise dans sa liturgie, cette modestie prudente, cette sagesse aimable, cette beauté grave, cette liberté chaste, cette douceur, cette patience silencieuse, cette fidélité, ces longs et héroïques dévouements, tout ce qui caractérise en un mot ces

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