‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 46 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'allianceSy mais de conquêtes. On entrevoit dans l'avenir une confédération universelle des peuples, présidée par le Pape; un peuple saint comme il y eut un saint empire ^ ; et celte démocratie fera ce que les monarchies n'ont pas voulu faire-. » Il ne se pouvait plus complète contradiction du langage officiel que nous citions tout à l'heure, (c Vous le voyez , écrivait M. de 31ontaIembert à l'évèque d'Orléans, en lui signalant ce manifeste, c'est toujours la même méthode, sacrifier le possible à l'impossible. » c( J'ai entendu dire tout cela à l'abbé de La ilennais, le jour de Pâques 1827, » lui écrivait un autre de ses amis, le plus modéré de tous, M. Foisset; «ils ont dans la tète un Charlemagne chimérique, qui n'a jamais existé, jamais. »

L'évèque d'Orléans fut douloureusement affecté par ce langage. Le Pape ne déclarait pas plus qu'il n opérait la rupture; et certes ni cette rupture que le Pape eût consommée en la proclamant, ni les catastrophes entrevues par l'auteur de l'article, ne paraissaient à l'évèque choses au-devant desquelles le Concile dut aller, pour un espoir bien incertain, bien illusoire; car la démocratie contemporaine, dont nous voyons aujourd'hui Léon XIII occupé à contenir partout les excès, ne lui semblait pas à la veille d'accomplir ce ^we /^.s monarchies n'ont pas voulu faire: et à ses yeux, cette confédération universelle des peuples présidée par le Pape ressemblait beaucoup à un rêve, mais à un rêve dangereux, et donnant un corps aux accusations de ceux qui, pour déconsidérer d'avance le Concile,, annonçaient qu'il ne serait qu'un retour au moyen âge. Toutefois, fidèle à sa résolution d'éviter les polémiques, il garda le silence; mais il crut de son devoir d'appeler l'attention du Saint-Père, par une note, grave et forte^ sur ce qui était, à son avis, de compromettantes témérités. Et, pour éclairer l'opinion publique, troublée par ces incidents divers, il médita de publier une lettre pastorale qui,

1. Ce saint empire romain, dont M. de 3Iaistre disait qu'il ne fut ni saint, ni empire, ni romain.

± U Univers du 11 juillet 1868, article signé Louis Yeuillot.

sans toucher plus que ne l'avait fait la bulle aux questions irritantes, commenterait purement et simplement la parole du Pape, et présenterait le Concile tel que le chef de l'Eglise le présentait lui-même.

Cet écrit est assurément un de ceux qu'il a le plus travaillés. Cet évéque, quon disait si impétueux, parce qu'en effet toutes les fois que c'était le devoir de combattre il était là, savait aussi contenir, quand il le fallait, son ardeur. Dans les premiers jours du mois daoùt, il envoyait une épreuve de cette lettre pastorale à un ami en lui disant : « Je ne tiens pas du tout à la publier maintenant. Je puis attendre. » Elle ne paraîtra, en effet, après avoir été travaillée et retravaillée, qu'à la fin d'octobre.

Il se hâtait d'autant moins, qu'il lui semblait bon, avant de dire sa pensée sur ce grand sujet, de connaître à fond celle de ses vénérés collègues, non seulement en France, mais ailleurs encore. Ses collègues éprouvaient le même besoin. Ainsi, dès le mois d'août 1867, l'évêque deCahors, M^^'Crimardias, entre autres, lui exprimait combien il sentait péniblement le poids de ces lois ombrageuses qui rendent si difficile en France une action commune de Tépiscopat. ce II est certain, lui répondait l'évêque d'Orléans, que notre isolement est un grand malheur et une grande faiblesse ; mais je ne vois presque aucun moyen d'en sortir. Xous pourrions pourtant très convenablement nous entendre un certain nombre d'évêques, entre lesquels la confiance serait plus naturellement établie à l'avance, et pour moi je serais tout prêt à communiquer tous mes travaux préparatoires du Concile à des collègues comme vous. Monseigneur, à charge de retour. » C'est dans celte pensée si naturelle, sous l'empire de ce besoin si légitime, qu'il se décida a faire une course rapide en Belgique et sur les bords du Pihin, afin de conférer avec quelques évèques de ces pays.

Il eut donc, à Malines, le 30 août et le 1" septembre, avec M=^' Dechamps, qui en était alors archevêque, et iMçi" Ketteler, évêque de .Mayence, quelques entretiens très importants. Le célèbre et savant P. de Buch, jésuite belge.

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