CHAPITRE IV
assista à i'une de ces entrevues. L'évêque d'Orléans poussa de là jusqu'à Aix-la-Chapelle et jusqu'à Cologne, pour y voir «le très .bon et très saint archevêque». Le 4 septembre, au soir, il revint à Paris, et conférait le lendemain avec le sage et prudent M. Icard, supérieur général de Saint-Sulpice. De retour à Orléans, il se remettait à son volume sur les catéchismes, qui parut, comme nous l'avons dit, à la fin de cette année; et à la revision de ses règlements diocésains : il éprouvait (( une cerlaine douceur et le sentiment de la présence de ^'otre-Seigneur, parmi ce travail presque matériel, mais pastoral. Je sentais, a-t-il écrit, que je faisais son œuvre, que je travaillais pour lui, et qu'il était près de moi. Beatiis ille servus quem invenerit ligilantem. » Il se reprenait aussi à sa lettre pastorale sur le Concile. Deux actes nouveaux du Pape, qui parurent vers ce temps-là, l'encourageaient puissamment à ce labeur. C'était un appel aux Eglises orientales schismatiques, et un autre, non moins tendrement aflectueux, à nos frères séparés d'Occident. L'évêque d'Orléans en tressaillit de joie : rien ne répondait plus à ses vœux que ces actes; le Concile se faisait entrevoir de plus en plus dans les documents officiels tel quil lentrevoyait lui-même.
Sur ces entrefaites, une invitation à se rendre auprès du Saint-Père lui fut envoyée de Rome. (( Il faut, écrivit-il à un ami, que je parte pour Rome très prochainement. ^\i^ Franchi, au sortir de l'audience du Pape, vient de me récrire, en me disant que ma présence serait en ce moment opportune et très utile, et je le sens moi-même dans une certaine mesure. » Il ne partit point cependant : nous Pavons regretté alors, nous le regrettons encore.
Enfin, la lettre pastorale parut : tout entière à la paix et à la confiance, répondant, sans aucune polémique, à toutes les appréhensions, à tous les ombrages, et présentant le Concile comme l'aurore de temps meilleurs. Qu'est-ce qu'un Concile œcuménique? Quel sera le programme du Concile? Quelles sont les raisons du Concile? Les craintes au sujet du Concile sont-elles fondées? Que doivent faire les Eglises séparées en présence du Concile?
Telles sont les questions traitées dans les soixante pages de cet écrit.
Nous devons en placer sous les yeux de nos lecteurs quelques fragments.
(<; Il existe donc en ce monde, au-dessus des choses humaines, et toutefois profondément mêlée à elles, une société spirituelle, un empire des âmes : empire d'un ordre à part et divin, plus des cieux que de la terre, et cependant véritable empire ici-bas; société complète, ayant, comme toute société, son organisation, ses lois, son action, sa vie ; société fondée non de main d'homme, mais par Dieu même, et n'ayant besoin pour exister de la permission de personne; car elle a une mission comme une origine sacrée, et tient de là tous ses droits essentiels: n'empiétant pas sur les pouvoirs humains, mais n'abdiquant pas devant eux ses droits divins; heureuse de rencontrer leur concours et ne repoussant pas leur alliance, mais sachant s'en passer : ne gênant pas leur mission terrestre, mais n'entendant point qu'ils gênent la sienne : société universelle, qui ne connaît point de barrières dans le temps ni dans l'espace; dépositaire des biens célestes, et chargée de communiquer aux hommes la vérité évangélique et la sainteté; et par cette mission, comme par son origine et cette expansion, tenant dans le monde, civilisé par elle, une place que nulle autre puissance ne. remplira jamais. II y a cette merveille sur la terre... »
Entrant plus avant dans la constitution de cette Eglise, il ajoutait : « Un principe d'unité, et de plus un centre d'unité, cela était dans la nature des choses ; à cette Eglise enseignante, répandue par tout l'univers, il fallait, pour la rallier en un seul corps, un centre, une tête, un chef : à cette nécessité Jésus-Christ n'a pas manqué, et parmi ses apôtres il en choisit un qu'il investit de privilèges spéciaux, à qui il confia, selon sa divine expression, les clefs du royaume des cieux, qu'il établit la base, la pierre fondamentale de l'édifice, qu'il chargea de confirmer ses frères dans la foi, qu'il nomma le pasteur des brebis