CHAPITRE lY
comme des agneaux, c'est-à-dire le pasteur et le chef de tout le troupeau... »
Puis, montrant dans un Concile œcuménique la représentation vivante de cette Eglise, il expliquait pourquoi le Concile s'assemblait : pour porter remède aux maux de lEgiise et de la société; et faisait voir qu'il ne menaçait rien de ce que les hommes ont le droit d'aimer, rien que l'erreur et le mal.
a Les principes de l'Evangile, s'écriait-il, sont loin d'avoir donné tout ce qu'ils contiennent, et le temps même ne les épuisera jamais, parce qu'ils sont d'une profondeur infinie. Ainsi, bien que les siècles aient tiré du principe chrétien de la charité, de l'égalité et de la fraternité des hommes des conséquences qui ont changé l'ancien monde, toutes les applications sociales de cette belle doctrine sont loin d'être faites; et c'est même, selon moi, la mission propre des sociétés modernes de faire pénétrer de plus en plus ce fécond principe dans les lois et dans les mœurs, et d'en tirer des conséquences politiques, économiques et sociales, qui seront l'honneur de ce siècle, s'il ne sort pas des voies chrétiennes. Et c'est la mission de l'Eglise de maintenir les principes écangéliques purs de toute interpjrêtation qui les fausse... »
11 disait encore :
« C'est le grand esprit catholique, on peut en être sur, et non pas telles ou telles idées particulières qui inspirera les décisions; et quelles que puissent être les opinions spéciales de telle ou telle école, le Concile fera la vraie lumière et l'unité... Ses définitions seront la règledetous les catholiques, et elles ne doivent d'avance inquiéter personne. Encore une fois, elles ne menacent rien de ce qui peut, à bon droit, vous être cher, hommes de ce temps, rien que l'erreur et Vinjustice, qui sont vos ennemis comme les nôtres.
» On le sait assez, je ne suis pas de ceux qui ferment les yeux et se taisent sur les maux de notre époque et sur les périls des âmes. Mais je ne veux pas répondre en ingrat aux bienfaits de Dieu, et ne pas voir les forces qu'il ménage toujours à son Eglise, et les facilités qu'il donne au
bien dans les temps les plus mauvais... Je plains, je ne maudis pas le temps présent; je ne désespère pas des peuples, mais je ne jette pas non plus l'anathème aux princes : ils ne sont pas tout-puissants; et ils doivent compter eux-mêmes avec bien des difficultés. Je prie pour eux comme le fait l'Eglise : et autant que ma faible voix le peut, je les avertis, et à tous, princes et peuples, je demande lin concours loyal et sincère pour la grande œuvre de VEglise...
y> Telle est la profondeur et la fécondité de ses dogmes et la souplesse de sa constitution, qu'elle ne sera jamais dépassée par aucun progrès de la société humaine, et qu'elle peut vivre sous tous les régimes politiques sans rien altérer de son symbole; elle tire de son trésor, comme dit >'otre-Seigneur, de siècle en siècle et selon les besoins des temps, des choses anciennes et des choses nouvelles, et vous la trouverez toujours prêle à s'adapter à toutes les grandes transformations sociales, et à suivre Ihumanité dans toutes les phases de son existence...
» On vous dit que le Pape veut rompre avec la société moderne, la condamner, la proscrire, y jeter un trouble profond : et jamais les maux dont vous souffrez, peuples chrétiens, n'ont ému plus douloureusement le chef de l'Eglise, jamais il n'a tiré de son àme des accents plus sympathiques pour vos périls et vos douleurs...
» Il est temps qu'entre l'Eglise et les peuples chrétiens tous les malentendus cessent. L'obscurité, l'incertitude, la confusion, pèsent trop douloureusement sur lésâmes sincères, et autorisent trop les calomnies et les hostilités contre TEglise. )">
L'impression de cet écrit fut profonde: quelques semaines après il était traduit dans toutes les langues. « Je reçois, écrivait l'évêque à un ami, des lettres de remerciement et de félicitation des évèques de toutes les nations, et les traductions se multiplient en Angleterre, en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Amérique, en Pologne. Cette lettre répond évidemment au sentiment des âmes. » Ravi,