‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 50 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

suis bien content de la plupart des théologiens romains; à côté d'une instruction solide, ils ont de la mesure. Ce n'est pas de leur côté que nous viendront les difficultés s'il y en a. Ce qui est à craindre, c'est l'école représentée en France par NN. SS. les évêques (ici plusieurs noms d'évêques), pour ne pas nommer d'autres personnages. Mais ou je me trompe fort ou de pareilles idées ne trouveront pas grande faveur au Concile. .Ma confiance augmente à mesure que je vois de plus près les hommes et les choses. Ainsi par exemple, Tidée de définir Tinfaillibilité du Pape ne fait nullement son chemin, et si, comme on l'assure, quelques évêques de France sont décidés à la mettre en avant, je doute fort qu'ils rencontrent beaucoup de partisans. Je tiens de source certaine que l'archevêque de Vienne est très opposé à toute définition de ce genre, et le sentiment de U^"^ Piauscher sera d'un grand poids pour les évêques allemands. Le cardinal archevêque de Séville est du même avis... Quant auSyllabus,... chacune de ses propositions doit être expliquée dans le sens des documents auxquels elle se réfère. Voilà ce que j'entends dire de tous les côtés. Bien loin de prétendre qu'il n'y a pas lieu à plus amples interprétations, on convient que cette pièce a grandement besoin d'être interprétée; et je dois ajouter que les meilleurs esprits continuent à apprécier l'immense service que Votre Grandeur nous a rendu en coupant court à une foule de malentendus et de divagations. On dirait en vérité que les idées de sagesse et de modération ont gagné sur toute la ligne... »

La faute commise porta ses fruits. « L'adresse des laïques de Coblentz (juin ou juillet) augmenta Tagitation, et l'adresse simultanée de Bonn à l'archevêque de Cologne la porta au comble. y> Une seconde fois (9 avril), la question du Concile vint au Corps législatif français, et de nouveau le gouvernement, tout en promettant la liberté aux évêques, réserva la sienne ; réserve qui pouvait renfermer un inconnu menaçant. Au fond, le gouvernement disait ceci à l'Eglise : « Faites ce que vous voudrez, nous verrons après. » D'un autre côté, le prince de Hohenlohe, ministre de Bavière, invita les cabinets européens à une

entente en vue des périls que le Concile allait faire courir, selon lui, aux idées modernes et aux droits des Etats; il appuyait ses craintes sur le manifeste de la Civiltà et sur le fait de la création à Rome d'une commission spéciale dont le titre indiquait le dessein de s'occuper des aftaires politico-religieuses et des questions mixtes, et il proposait d'adresser à Rome une protestation anticipée. Les cabinets refusèrent de protester avant, mais en se réservant tous d'agir après. Le cabinet français se contenta d'un simple accusé de réception, ajournant à plus tard sa réponse. Cela se passait vers le mois de mai.

Sans avoir « des transes effarées », l'évèque d'Orléans n'était pas sans inquiétudes sur ces dispositions menaçantes des gouvernements; il pouvait évidemment surgir de ce cùté des périls qui commandaient, pensait-il. une grande prudence. Cependant il poursuivait paisiblement, au milieu de tant d'autres occupations, ses travaux préparatoires au Concile et résumait sous forme de postulat a certaines idées qu'il se proposait de soumettre, s'il y avait lieu, et de concert avec sescollegues, à la future assemblée.

De plus, il était tout occupé de Jeanne d'Arc et de la pensée de solliciter pour la libératrice d'Orléans et de la France le plus grand honneur qui puisse être décerné icibas à une créature humaine, l'honneur de la canonisation. Dans ce but, il se décida à prêcher une seconde fois, principalement à ce point de vue, le panégyrique de l'héro'ine, et convoqua à celle occasion les évêques de tous les pays par où Jeanne d'Arc avait passé. Nous raconterons plus tard et plus opportunément les détails et les résultais de cette entrevue. Nous remarquerons simplement ici, en ce qui louche le Concile, que dans cette réunion de quatorze évêques, si peu de temps avant que l'assemblée œcuménique ne s'ouvrit \ de la dehnilion de l'infaillibilité il ne fut en rien question.

Mais la silencieuse expectative que recommandait l'évèque d'Orléans ne fut pas imitée par tous ses collègues. Vers la fin du mois de mai, un prélat belge considérable,

1. C'est i)ar inadvertance, sans doute, que l'historien de M'"" Pie antidate ce fait et le place en mai 18(38.

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