CHAPITRE IV
M^'" Dechamps, nommé depuis peu archevêque de iMalines, souleva de nouveau, dans une lettre pastorale, la question de l'infaillibilité et de sa délinition. Cet écrit (( eut, dit son historien, un retentissement immense ». Immédiatement de vifs écrits polémiques en sens contraire furent publiés en Allemagne sous la signature de Janus. Ce que l'évéque d'Orléans avait prévu se réalisait donc : deux grands courants d'opinion menaçaient de s'entrechoquer dans l'Eglise; ces questions couraient risque de diviser l'épiscopat et les cathodiques. De vénérables évèques lui exprimaient les mêmes craintes. Le 9 juillet, le cardinal-archevêque de Chambéry, à qui son grand âge ne laissait pas l'espoir de pouvoir se rendre à Rome, lui écrivait : « Monseigneur, je prie tous les jours pour le Concile et je demande à Dieu le don de sagesse pour ceux qui auront le bonheur d'y assister. Je crains les indiscrétions de quelques zélateurs exagérés. Ils conseillent de définir l'infaillibilité, de proclamer le Syllabus... Qu'arrivera-t-il? On blessera l'Empereur, et il retirera ses troupes de Rome, et les Italiens y entreront de suite et n'en sortiront pas de sitôt. » De Paris, où il se trouvait alors, M^i' Ginouilhac , évêque de Grenoble, lui écrivait le i août : (( On m'assure qu'il se prépare des décrets sur les articles organiques des concordats de France, de Bavière, etc. Avec ce que nous savons déjà, il y a lieu de conclure que tout cela sera pris pour une déclaration de guerre à la société civile. Il est vrai, le Père P. est très rassurant : Il y aura un soulèvement général des puissances contre l'Eglise; mais les catholiques, excités par le dernier Concile, se redresseront contre elles et réagiront puissamment, et des jours heureux se lèveront pour l'Eglise.
» N'est-ce pas, Monseigneur, que tout cela est merveilleusement imaginé, et que ces luttes et ces espérances sont de nature à faire sur des esprits sérieux et politiques une excellente impression? »
Ainsi donc les périls, les conflits, que certaines questions pouvaient soulever, tous les voyaient, mais les uns non sans les craintes les plus graves, les autres avec des espérances.
L'évêqae d'Orléans était de ceux dont les inquiétudes allaient croissant; cependant, fidèle au système qu'il avait adopté, il gardait le silence. Mais les évèques d'Allemagne, etîrayés, ne crurent pas pouvoir se taire plus longtemps, et ils résolurent de se réunir à Fulda, afin d'examiner de concert ce que les circonstances commanderaient de faire. L'évéque d'Orléans apprit cette nouvelle comme il se disposait à partir lui-même pour Einsiedeln, afin de chercher là, selon sa coutume, à celte heure solennelle, le repos, la lumière, l'inspiration. Autant il déplorait le bruit des controverses publiques avant le Concile, autant, nous l'avons déjà dit, il était désireux de communiquer ses pensées à ses collègues et de connaître les leurs. Il rédigea donc et fit traduire en allemand, non un écrit destiné à la publicité, mais une courte Note dans laquelle il avait résumé son opinion sur les définitions annoncées, et cette Note, il la fit parvenir à l'assemblée de Fulda^ Et il résolut, avant de se rendre à Einsiedeln, de décliner un peu vers l'Allemagne pour y voir quelques évèques encore, et s'y renseigner plus à fond sur l'état des esprits en ce pays, où l'agitation lui paraissait particulièrement redoutable.il se souvenait des commencements du protestantisme, et répétait souvent : a Comme on s'y est alors trompé ! Querelle de moines, disait-on, tempête dans un verre d'eau!... »
11 se rendit d'abord à Cologne pour y conférer de nouveau avec le vénérable archevêque; il espérait y trouver l'évéque de Trêves, qui ne vint pas; de Cologne il alla à Coblentz. Il s'enquérait en particulier des dispositions des protestants à l'approche du Concile. Car il s'était tout d'abord tlatté de l'espoir que ce Concile pourrait être le point de départ d'un grand retour à l'Eglise des communions séparées. Les paroles suivantes qu'il écrivait alors montrent bien la charité qui remplissait son àme et qui
1. La même Note, plus tard, fut traduite aussi en anglais et en espagnol. Nous pensons que si l'éminent auteur de l'Histoire vraie du Concile du Vatican l'avait eue sous les yeux, il ne l'eût pas appelée un factura. En tout cas, ce n'est pas cette Note secrète qui passionna
la controverse depuis si longtemps soulevée.