‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 52 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

jaillira à flots dans la lettre pastorale dont nous allons bientôt parler, et que déjà il méditait :

«... Les protestants nous estiment : pourquoi les repousser par des injures, au lieu de les attirer par des vertus, et de les éclairer par des raisons?... Ils vivent en paix avec les catholiques : n'est-ce pas un meilleur état?... Où Ton s'estime, on s'aime, on se respecte, comme étant sincères. Pourquoi ne pas s'en remettre à Dieu pour la question de bonne foi?... Alors on discute paisiblement, sérieusement , tandis que l'état de guerre éloigne à tout jamais. . . »

Ces sentiments, à l'égard de nos frères séparés, étaient habituels chez l'évêque d'Orléans ; et c'est ce qui explique l'attrait qu'il leur inspirait, dès qu'il pouvait entrer en rapport avec eux, et les nombreuses conquêtes que, pendant tout le cours de sa vie, il a opérées parmi eux ; mais l'approche du Concile faisait en quelque sorte déborder ces sentiments dans son cœur.

A Hernshein, où plus d'une fois il était allé visiter la noble famille qui habitait ce vieux château, il se rencontra avec un ami de cette famille, Dœllinger, le savant professeur que l'Allemagne catholique entourait alors de tous ses respects. On a appelé cela (.< sa fameuse entrevue avec Dœllinger ». Pourquoi plus fameuse que ses entrevues avec les évêques et avec d'autres docteurs? avec le R. P. Dalgainrs, quelques jours après, à Einsiedeln? avecM?i" Dechamps et Ms^ Ketteler l'année précédente à Malines? avec les quatorze évêques réunis à Orléans pour les fêtes de Jeanne d'Arc, le 8 mai 1869? avec M?'' Ginouilhac, M?^ Magnin et Mg^' Mermillod, le 15 juin de cette même année, à Menthon, le jour de la fête de la Saint-Bernard? Ces hommes-là sont-ils des hommes suspects? Les insinuations nuageuses et malveillantes doivent s'évanouir devant l'histoire.

De Hernshein il se rendit, par Bàle et Zurich, à Einsiedeln. Il y arriva le jour de la fête de la Nativité, le 8 septembre. Pendant ce rapide voyage, il avait entendu, c'est son expression, « des cris d'ellVoi ». Mais Einsiedeln lui fut une douceur et une paix ; l'accent de la prière, le (( cri des âmes », qu'il y retrouva comme toujours, comme

toujours le ravit. Il passa là quelques jours dans une profonde retraite, cherchant pour son àme la grâce de Dieu. Un moment décisif s'approchait dans l'histoire de sa vie, de l'Eglise, de son siècle, et il convenait bien d'être là en méditation et en prière à un évèque qui doit toujours vivre entre Dieu et la foule, baissant le front devant Dieu, levant la tète et étendant les bras sur le peuple. Et que les forces d'en haut lui étaient nécessaires pour être un instrument utile aux mains de Dieu, prêt à agir pour lui et comme lui, suaviter in modo, fortiter in ref Tout homme ayant souci de la vérité et de la société aurait dû prier pour lui en ce moment et pour ses collègues.

Il reçut là de Fulda des nouvelles qui le comblèrent de joie; les évèques allemands avaient accompli deux grands actes : 1° ils avaient publié une lettre qui fit dans toute l'Allemagne une profonde sensation. 11 n'y eut qu'une voix pour admirer Tèlévation, la modération, la sagesse épiscopale, Taccent chrétien de leur langage; 2" ils avaient adressé un Mémoire secret au Pape, dans lequel ils s'expliquaient sur le projet de définition dogmatique de l'infaillibilité personnelle du Pape, et déclaraient unanimement que, dans l'état actuel des esprits, une telle définition leur paraissait tout à fait inopportune, et qu'ils considéraient comme un malheur qu'une question si délicate et si pleine d'orages fût portée au futur Concile œcuménique.

Mais au retour, en traversant Paris, Ms'" Dupanloup retrouvait la polémique. Depuis quelque temps déjà un pieux et savant prélat, M?'' Maret, alors évêque de Sura, travaillait ces matières, et avait préparé un grand ouvrage ihéologique sur la question du Pape, L'évéque d'Orléans savait que M?'' Maret s'occupait de cet ouvrage; mais il souhaitait qu'il ne parût pas avant le Concile et avant l'introduction définitive de la question, si la question devait être introduite. M^^ Maret, au contraire, devancé par d'autres évèques, et pour des motifs qu'il exposait au Saint-Père en lui adressant cet écrit, avait cru devoir le publier. Cette publication parut à l'évéque d'Orléans, le mot est de lui-même, une calamité. Il s'ensuivit pendant tout le mois de septembre une très vive polémique. V Univers,

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