‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 53 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tout de suite, attaqua l'ouvrage. Bientôt après M?'" Pie, dans une homélie à son clergé, et deux autres évèques, Mgi" de Mon tau ban et M^^ de Rhodez, se séparèrent publiquement de leur collègue. « Ah ! écrivait l'évèque d'Orléans, sous l'œil de Dieu, devant ces spectacles, je m'étais fait un idéal d'un Concile de charité, de zèle, d'amour, et voilà que tout à coup en apparaît un de tristes querelles ^ 1 » Les retraites pastorales qu'il présida et le synode diocésain qui les suivit, lui donnèrent de réelles consolations. Pas un écho de ces controverses ne pénétrait là : le clergé Orléanais, avec son évêque, n'était occupé que d'une seule chose, sa propre sanctification pour le salut des âmes.

Un soir, pendant une de ces retraites, comme d'Orléans, où il se rendait chaque matin, il revenait à La Chapelle, il trouva sur son bureau une lettre qu'il nous fît passer immédiatement, avec ces mots : « M'en parler sur-lechamp. » Nous ouvj'îmes le pli, et à mesure que nous lisions, nous poussions des cris. C'était une lettre qu'un religieux, le P. Hyacinthe, avait envoyée au Français, pour qu'il la publiât; mais le rédacteur en chef de ce journal, justement elîrayé, s'était empressé de la communiquer à Tévêque. « Monseigneur, dîmes-nous, après avoir pris connaissance du document, c'est une rupture avec l'Eglise; laissez-nous aller à Paris faire les derniers efforts pour que cela ne paraisse pas. — Je voulais vous le demander, nous répondit-il ; vous en avez l'inspiration ; partez. }> Le lendemain à huit heures du matin, nous étions chez le P. Hyacinthe; il était trop tard; la fatale lettre avait paru la veille au soir, dans le Temps et dans les Débats, et le pauvre religieux nous recevait en habits laïques! Tous les efforts de la plus tendre affection furent superflus, et, bien que ses derniers mots eussent été : « Ne craignez rien, il n'y a aucune idée rationaliste, ni aucune idée protestante dans ma tête », nous avions trop bien vu que la vraie notion de l'Eglise

1. « Lui de moins, il y aurait eu des discussions plus ou moins vives, mais. . . pas d'altaques entre les évêques... » On voit ce qu'il en est.

avait péri dans son esprit, qu'il n'était plus catholique !

L'évéque d'Orléans fut plus attristé que surpris; au mois de juillet précédent, comme il passait par la Rocheen-Breny, revenant de Menthon, M. de Montalembert lui avait dit : « Tâchez donc de voir à Paris le P. Hyacinthe: il va à l'abîme. )) Du reste, jamais il n'avait pu le goûter sans réserve. Lorsque celui-ci avait été nommé conférencier à Notre-Dame, avant de monter dans sa chaire il était venu à Orléans, et pendant une promenade à La Chapelle, sur les bords de la Loire, ils causèrent. «Il y a bien du vague dans cet esprit-là, » dit l'évéque après cette conversation. U voulut l'entendre à Notre-Dame, et au sortir de la conférence, il dit : (( Il a un beau talent oratoire; mais le P. Lacordaire et le P. de Ravignan ne sont pas remplacés par lui ; ceux-là étaient des colonnes, is» Par des écarts de langage il s'était attiré des attaques violentes, et de la part de ses supérieurs des avertissements sévères. Sa tète fermentait silencieusement : elle éclata.

L'évéque d'Orléans crut nécessaire d'avertir au plus vile le malheureux révolté, et il le lit par une lettre qu'il jugea utile de rendre publique. «Comment n'avez-vous pas senti, lui disait-il, quelle injure vous faisiez à l'Eglise votre mère par ces prévoyances accusatrices? Et quelle injure à Jésus-Christ en vous plaçant, comme vous le faites, seul en face de lui, au mépris de son Eglise?.. . Allez vous jeteraux pieds du Saint-Père; ses bras vous seront ouverts, et, en vous pressant sur son cœur paternel, il vous rendra la paix de votre conscience et l'honneur de votre vie. » Mais ni ces conseils, donnés avec autorité, non avec dureté, ni la voix plus émue et plus tendre de M. deMoiitalembert, ni les supplications aifectueuses de M^"" Thomas, alors évêque de la Rochelle, ne purent rien. Ah! Dieu un jour nous le ramène ! car nous voulons espérer encore que ce prêtre, qui aurait pu être dans l'Eglise un ouvrier utile, un astre brillant et pur, ne voudra pas obstinément toujours déchirer le sein de sa mère, pour s'évanouir, après n'avoir été en fin de compte, triste destinée! qu'un météore fumeux et éphémère.

Ce malheureux événement aviva la polémique.

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