CHAPITRE IV
Ce fut quelques jours après que l'évêque d'Orléans se décida à un acte bien simple, dont la passion ignorante et malveillante tira contre lui des accusations incroyables : il alla faire une visite à l'Empereur ^ Gomment fut-il amené à cette démarche? Tout naturellement. Il y avait dans le ministère un homme qui avait été disciple de M^^'' Dupanloup à l'académie de Saint-Hyacinthe, et qui était resté son ami, M. Alfred Leroux, ancien vice-président du Corps législatif, alors ministre de l'Agriculture et du Commerce. Depuis longtemps, M. Leroux disait à l'évêque d'Orléans : v< Vous devriez voir l'Empereur. Si vous voulez l'encourager dans les dispositions meilleures qu'il témoigne pour les catholiques, et dont il a donné des preuves en intervenant à Mentana, en faisant prononcer \e moi jamais ])a.v M. Rouher, en se séparant de M. Duruy, montrez-lui, par un acte de courtoisie, que vous n'êtes pas son ennemi, ïlendez-lui à Saint-Cloud la visite qu'il vous a faite à Orléans. » M. Leroux ajoutait que, en ce moment plus que jamais, il lui semblait utile de ménager l'Empereur, à la veille de l'ouverture de l'assemblée œcuménique, dont nos troupes à Rome auraient à protéger la liberté et où l'Empereur semblait disposé à se faire représenter; le nom de ^l. Baroche, comme ambassadeur extraordinaire, était déjà prononcé. M^"'' Dupanloup pouvait penser en outre qu'il n'était pas sans utilité de pénétrer peut-être dans un entretien habile ce politique impénétrable.
Ces raisons étaient sérieuses ; du moment que l'intérêt de l'Eglise était invoqué, Ms^ Dupanloup n'hésita pas. Faire une visite au souverain était un acte qu'on ne peut pas blâmer en soi, et que lui-même, malgré l'absolue indépendance de son caractère, avait fait plusieurs fois depuis 1851. Il fut donc reçu à Saint-Cloud, le 3 octobre. Le sphinx laissa-t-il échapper son secret? L'évêque, après cet entretien, put-il dire : a^fai voulu voir, j'ai vu... »?
Pendant ce temps-là la controverse grandissait. Elle se poursuivait entre les évêques, elle continuait plus vive et