‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 56 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

vaines. Si, pour les plus graves motifs, l'Eglise juge qu'il faut vous imposer, sous peine de damnation éternelle, l'obligation de croire à l'avenir ce qu'elle ne vous avait pas demandé de croire jusqu'à présent, elle ne le fera point de manière à déconsidérer ses actes en les dépouillant des conditions qui peuvent les recommander à vos yeux. Cinq ou six cents évêques, réunis pour délibérer sur des intérêts si graves, ne s'emporteront pas à les décider de haute lutte, en dédaignant d'écouter et de calmer, s'il y en a, des scrupules respectables et présentés avec modestie. Est-il besoin d'ajouter qu'en rappelant la règle, l'idéal, les évêques ne fermeront pas les yeux sur le côté positif et les exigences de la vie réelle, et qu'en traitant des sujets qui touchent à la politique, ils n'oublieront pas ce qu'ils doivent à leurs pays? ))

La controverse en étant venue à ce point, et la question du Concile étant agitée tous les jours par certains organes, les rédacteurs du Correspondant, qui avaient jusque-là systématiquement gardé le silence, crurent pouvoir enfin le rompre et s'expliquer à leur tour. Leur article parut le 10 octobre*; il fut attaqué violemment par V Univers.

Tel était l'état des choses quand de son côté le gouvernement parla. Le 19 octobre, le ministre des Affaires étrangères, prince de la Tour dAuvergne, envoya à Rome une dépêche, dans laquelle le gouvernement impérial, tout en respectant la liberté du Concile, réservait

1. On a beaucoup abusé de cet article — que nous n'avons ni à incriminer ni à défendre — pour établir la prétendue part prise par M^"^ Dupanloup à cette controverse préliminaire. D'abord la date de l'article répond : à cette date « l'agitation» était déjà, et depuis longtemps, « portée au comble ». Ensuite depuis quand un évêque est-il responsable des opinions personnelles de ses amis? Mais, dit-on, « l'article a été écrit dans le cabinet de l'évèque d'Orléans, — Erreur, — en présence de tous les chefs de l'Eglise libérale, — Erreur, — l'évèque décidant et dictant », — Erreur absolue. Les hommes du Correspondant avaient certes leur personnalité et leurs idées. L'évèque d'Orléans, au point oîi en était venue la controverse, ne les a plus arrêtés; mais il n'a assumé aucune responsabilité dans la rédaction, qui est et demeure leur œuvre exclusivement.

encore d'une manière formelle a la liberté de ses résolutions ultérieures ».

Il y était dit : « Nous sommes en droit d'attendre que VEglise ne jette pas le trouble dans les sociétés civiles... Nous espérons de la prudence du Concile qull ne soulèvera pas de redoutables orages par des déclarations telles que celles du Syllabiis qui était joint à rEncyclique papale de 1864. Les mesures que le gouvernement de VEmpereur s'est cru obligé de prendre au moment où a paru ce document font assez pressentir la ligne de conduite qu'il adopterait encore si des doctrines analogues étaient proclamées par le Concile ^ »

Oui, sans doute, on laisserait faire; mais après? Ces « redoutables orages » dont parlait la dépêche, cette nouvelle ligne de conduite qui était annoncée et qui laissait entrevoir la fin de l'occupation de Rome, et d'autres mesures encore, c'était précisément ce que l'évéque d'Orléans craignait. Et cependant il continuait à se taire.

Et à Rome, que se passait-il? Quelles impressions faisait sur les esprits sages tout ce tumulte? S'il faut en juger par une lettre qu'écrivit, même avant cette grave dépêche, à la date du 15 octobre, à Tévêque d'Orléans, un personnage considérable, qui fut plus tard secrétaire d'Etat de Léon XIII, après avoir partagé avec lui les voix du Sacré-Collège, M?^ Franchi, dont nous avons si souvent redit le nom, on était peu disposé à écouter certains conseils et à braver certains périls. «, Je puis, disait l'archevêque de Thessalonique, vous confier une chose très importante. Tout le monde commence à se convaincre des dangers que nous ont faits ceux qui se disent nos amis. Dans ma dernière audience j'ai trouvé le Saint-Père parfait dans toutes les appréciations et dans toutes les questions, et j'ai une immense confiance que

1. On a dit que l'entrevue de M'^' Dupanloup avec l'Empereur à Saint-Cloud a pu influer sur l'envoi de cette dépèche. — Nous ne sommes en mesure ni de confirmer, ni de contester cette conjecture. Nous rappellerons seulement les déclarations conformes déjà faites par le gouvernement français en réponse aux interpellations de M. Emile Ollivier, les 9 avril 1865 et 10 juillet 186S.

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