‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 57 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le Concile sera l'œuvre de pacification que nous voulons pour ramener à nous la société, non pour l'éloigner davantage ^ » Eh même temps, M?^ Franchi le pressait de se rendre promplement à Rome. Il ne le fit pas; d'autres le firent, et firent mieux.

Quoi qu'il en soit, on le voit, le Mémoire des évoques de Fulda avait fait impression à Rome, et les discussions préliminaires ainsi que les avertissements préalables des gouvernements disaient assez quelles luttes pourraient avoir lieu au Concile, et quels périls éclater après, si la prudence ne reprenait pas le dessus. Mais une presse ardente n'en continuait pas moins ses excitations ; et pour donner au mouvement une force irrésistible, on organisait un «. pétitionneraent immense » : sorte de plébiscite en matière de dogme, inouï jusque-là; les longues listes de pétitionnaires défilaient chaque jour, quelquefois avec des exagérations doctrinales ou même des injures, d'autres fois avec des accents de foi touchants, dans les colonnes de VUnivers : simples prêtres ou simples fidèles; foule pieuse, mais en grande partie incompétente et entraînée. La surprise et le trouble étaient dans une multitude d'âmes. De tous les points de la France, et même du dehors, sa vaste correspondance en faisait arriver jusqu'à l'évêque d'Orléans l'expression. Tout ce bruit, dans la presse et dans la rue, à la porte du Concile, le désolait. « Quoi donc ! répétait-il, l'Eglise enseignée dicterait d'avance, de cette façon, ses décisions à FEglise enseignante ! Et qu'adviendrait-il si l'on organisait des pétitions en sens contraire? » Il se reprochait son silence et se demandait s'il serait temps encore d'arrêter le courant. Il pensa

1. Qu'on veuille bien remarquer qu'à cette date la Pape n'avait fait encore connaître sa pensée personnelle par aucun acte public ; et le souvenir de ses conversations avec Pie IX, en 1867, quand il s'agit de décider le Concile, cette lettre si explicite du cardinal Franchi, du 15 octobre 1865, comme celle du consulteur du Concile, du 15 avril de cette même année, laissaient à M'"" Dupanloup la conviction, ou, si on l'aime mieux, l'illusion que, quel que put être le désir secret du Pape, on n'avait pas encore au Vatican de parti pris absolu touchant les définitions discutées, et que même les plus sages n'en voulaient pas.

lU VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

donc qu'un grand effort s'imposait à lui comme un grand devoir, et il se décida, en quelque sorte contraint et forcé, mais convaincu par la lettre de M?'" Franchi qu'il était d'accord avec les plus sages esprits de Rome, à pousser <( un cri d'amour et de dévouement », dans un écrit qu'il ferait briller comme V arc-en-ciel, c'est ainsi qu'il l'appelait, au-dessus des orages de la polémique.

Cette lettre pastorale devait être dans sa pensée comme le résumé de ses convictions sur TEglise et la société moderne; et le témoignage suprême de son dévouement à Dieu et au prochain. « Il y faut, disait-il, une explosion de sympathie pour ce pays, pour notre temps, pour le monde, qui provoque à son tour chez tous les honnêtes gens une explosion générale de sympathie pour l'Eglise. Il faut que la charité y déborde ; une charité aussi intelligente que tendre, aussi généreuse que lumineuse, aussi intrépide que perspicace. Il y faut aussi une intelligence sérieuse et solide des intérêts et des besoins du temps actuel; une intelligence grave et affectueuse de ses maux, de ses véritables maux et de leurs véritables remèdes. y>

Cet écrit parut le 10 novembre : c'était en effet la dilatation de son àme dans la confiance et l'amour. Pas un mot de controverse : la beauté de V unité dans un concile; puis, la vérité, la charité comme moyens, la paix comme but, tels étaient les points de vue de cette lettre pastorale, une des plus belles qu'il ait écrites, et qu'il faut relire si Ton veut voir ce qu'il y avait dans le cœur de cet évêque; en voici le début :

« ... Au moment de me séparer de vous, mes frères, pour aller prendre part aux travaux du Concile, je n'ai plus rien à vous expliquer que je ne vous aie dit déjà... Mais je cède au besoin de mon cœur en vous exprimant les sentiments qui le remplissent, l'émeuvent, le font déborder, à l'heure des adieux, soit que je pense à vous, à l'Eglise, à mon pays, soit que je médite à l'avance la portée de ce grand événement, le plus important sans contredit, et le plus solennel qui se soit présenté à moi dans le cours d'une A'ie déjà longue, pleine de travaux et

Page 1