‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 58 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

<le combats, et maintenant bien voisine du terme où l'attendent les jugements de Dieu.

» Lorsque saint Paul allait partir de Milel pour monter sur le navire qui devait le porter à Jérusalem, puis à Rome, il fit venir les anciens de TEglise d'Ephèse qu'il avait longtemps gouvernée, et après leur avoir adressé des paroles sublimes, se rendant à lui-même un témoignage que les saints, au nombre desquels je ne suis pas, ont seuls le droit de répéter, il leur exprima en ces termes sa confiance et ses dernières recommandations :

» Les tribulations m'attendent, mais je ne crains rien. Je n'estime pas ma vie plus précieuse que mon âme. Il me suffît que j'achève ma course, que je remplisse le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus, qui est de prêcher l'Evangile de la grâce de Dieu.

)) Je sais que vous ne verrez plus ma face. C'est pourquoi prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis. Je vous recommande à Dieu... à celui qui peut achever V édifice que nous avons commencé et vous donner part à son héritage avec tous les saints.

» Puis il se mit à genoux et pria avec eux tous. Alors ils commencèrent à fondre en larmes, et se jetant au cou de Paul ils l'embrassaient. Et ils le conduisirent jusqu'au vaisseau, se séparant avec beaucoup de peine. Et le vaisseau fuyant avait disparu à leurs yeux qu ils le saluaient encore et priaient toujours.

» Il me semble que ces paroles se présentent d'ellesmêmes à tous les évêques prêts à quitter la terre où ils laissent tant de bons prêtres et des fidèles si dévoués. Pour moi, combien il me serait doux de vous rassembler tous ici, sans exception, prêtres de l'Eglise d'Orléans, pour prier avec vous et pour vous embrasser ! Je suis loin, hélas ! de l'incomparable apôtre dont je vous rappelais tout à l'heure les paroles. Mais, enfin, il y a vingt ans que nous travaillons ensemble dans ce cher diocèse, et je vous le recommande à l'exemple de saint Paul, en partant. — Et, certes, votre évêque peut vous en rendre aujourd'hui le témoignage: pendant que j'ai parlé, vous avez

agi; pendant que j'ai combattu, vous avez édifié: pendant que le malheur des temps m'a fait vivre dans les discussions et dans les orages, vous avez passé vos journées dans l'humble paix des villages et les labeurs du ministère, occupés à instruire, à secourir, à pardonner. Votre évêque vous remercie en vous disant adieu. Ma pensée reconnaissante va vous chercher au fond des villes et de tous nos hameaux. 0 mes amis et mes frères, prêtres de l'Eglise d'Orléans, je vous bénis, je vous donne le baiser de paix ; songez à moi, aimez-moi, priez pour moi...

»... Prions, mes frères, cet esprit de paix, de lumière et d'amour, cet esprit de Notre-Seigneur dans lequel il disait à ses apôtres : La paix soit avec vous ! Pax vobis f et leur recommandait, en les envoyant aux peuples, de dire : la paix soit à cette maison, Pax huic domui : la paix soit à cette cité, Par huic civitati. La paix! la paix ! toujours la paix ! La paix dans la vérité, la paix dans la charité. Et voilà en deux mots divins l'œuvre de l'Eglise au futur Concile... »

Il nous peine de ne rien citer des deux premières parties, des développements donnés à ces deux pensées : le Concile doit faire une œuvre d'unité et une œuvre de vérité i qu'on lise au moins le fragment suivant de la troisième partie :

Concile doit faire aussi une œuvre de charité:

i( Nous sommes comme les ouvriers dans le champ du père de famille, et nous avons sans cesse à retravailler le sol et à jeter de nouveau la semence.

y) Jamais la moisson n'a été plus abondante !

» Mais à ce siècle, qui a besoin de nous et dont nous avons aussi besoin, il faut frayer les pas vers nous. Il faut que la charité prépare les voies à la vérité !

y> C'est-à-dire qu'il faut ouvrir à ce siècle nos bras, il faut surtout lui ouvrir nos cœurs. Il nous écoutera quand nous saurons lui parler.

» Il ne s'agit pas de lui sacrifier une parcelle quelconque de Téternelle vérité; il ne s'agit pas de concessions ou de complaisances indignes; il s'agit seulement de l'aimer, et

Page 1