CHAPITRE IV
en l'aimant de le comprendre, de l'éclairer, de le relever de l'amener doucement à la vérité.
y> Voilà ce que fait et veut l'Eglise. Sans doute, le Concile vous dira la vérité, la vérité tout entière, mais rien que la vérité; il ne songe en aucune sorte à vous imposer, sous le nom de la vérité, des fardeaux qui ne seraient ni dans la foi, ni dans la loi, et que vous ne pourriez pas porter.
» Il ne condamnera, il n'insultera aucun des dons de Dieu aux hommes, même ceux dont ce siècle a abusé. Hélas! n'est-ce pas l'éternel malheur de l'homme d'abuser de ce qui est bon? N'y a-t-il pas eu sur la terre le despotisme, abus de l'autorité; l'illuminisme, abus de la raison; la licence, abus de la liberté? Et cependant la raison, l'autorité et la liberté sont des dons de Dieu. La religion ne veut que purifier ces dons, les élever, les ennoblir, les sauver de leurs propres excès...
» L'Eglise est une mère, et à côté de sa vigilance, de son autorité, de sa souveraineté maternelle, elle a une tendresse invincible, une majesté sereine et aussi une souveraine sincérité. La charité débordera de son langage...
» Et de plus, de ce lieu élevé du Vatican où ils seront, jetant leurs regards sur la terre entière, quel sérieux examen les évêques n'auront-ils pas à faire de l'état du monde et de l'action de l'Eglise dans le monde !... )>
Tel était l'aspect sous lequel, dans cette lettre, il présentait le Concile du Vatican. Ces paroles hrent tressaillir. Msi" Mermillod, en lui écrivant, appelait cette lettre pastorale « un acte incomparable, un acte providentiel » qui élevait les âmes « sur le Thabor de la visibilité catholique », qui faisait « la joie de tous ». « A Genève, à Marseille, à Florence, disait-il, catholiques, protestants, incrédules, voyaient le Concile à travers les splendeurs de cette parole. »
Nous croyons pouvoir le dire en toute vérité, si M?i" Dupanloup s'en fût tenu là, nul évèque ne f ùt arrivé au Concile avec plus de prestige et d'autorité. Mais il était de
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ceux qui regardent plus au service de leurs causes, tel qu'ils le comprennent, qu'à l'intérêt de leur personne. Convaincu que le Concile s'absorberait dans la question de l'infaillibilité, si cette question n'était pas écartée, et plus frappé des inconvénients qu'il voyait dans la définition que de ses avantages aujourd'hui incontestés, il crut n'en avoir pas fait assez pour le but qu'il se proposait, et, se reprochant d'avoir laissé aller si loin les choses, il estima nécessaire de faire un puissant effort pour arrêter, s'il en était temps encore, le mouvement qui, d'ailleurs, ne lui paraissait pas venir de Rome : c'est dans cette pensée qu'il s'était mis à préparer un autre écrit qui n'était que sa Note développée, et qu'il intitula : Observations sur la controverse soulevée relativement à la définition de F infaillibilité au futur Concile^, Sans discuter la question doctrinale, sur laquelle son sentiment, comme nous l'avons déjà établi, était celui qui triompha à Rome, il rassemblait dans ces pages toutes les raisons qui lui faisaient juger cette définition, et d'autres encore, inopportunes.
Ces raisons n'ont pas arrêté les Pères. Mais qui peut nier qu'elles ne fussent d'une réelle gravité? Pour lui, c'était sa profonde conviction. Cependant, ce travail achevé, avant de le publier, il s'était livré le plus rude combat ; jamais nous ne l'avons vu si perplexe. Quand il s'agissait de défendre le Pape, le devoir était clair et les sympathies certaines. Quand il avait fallu interpréter l'Encyclique, le péril était plus grand, mais la nécessité si manifeste ! Ici, à côté du devoir à remplir, il rencontrait les déchirements les plus poignants. Compromettre sa popularité, ce n'était pas là pour lui un souci; mais contrister peut-être Pie IX, le Pape qu'il avait tant aimé, tant servi, et tant défendu, telle était sa douleur!
Et puis une autre question le préoccupait : fallait-il
1. On a voulu, sur des analogies superficielles, et qui s' expliquer! d'ailleurs par la similitude du sujet, établir un lien entre cet écrit et un écrit de Dœllinger, portant un titre à peu près semblable. Nous affirmons, avec une certitude absolue, qu'il n'en est rien. Non, il n'a rien emprunté à Dœllinger, ni Dœllinger ne lui a rien emprunté.