‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 61 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

croirons les voir en face du monde à conquérir et du Maître à écouter; et lorsque, à la place de ce Maître souverain des esprits, son Vicaire sur la terre redira à chacun de nous : «Mon frère, m'aimez-vous? y) ah! croyez que votre vieil évêque ne sera pas le dernier à répondre : ((Père, vous savez si je vous aime! » Gomme disait le doux évêque de Genève, dans la contention cV amour pour le Vicaire de Jésus-Christ, je ne me suis laissé vaincre par personne. Depuis vingt ans mes cheveux ont blanchi, ma voix s'est épuisée à votre service. 0 Saint-Père, Dieu sait que la dernière parole de mes lèvres et le dernier soupir de mon cœur appartiendront à l'Eglise et à vous! >> Et en effet le dernier cri de cet évêque, nous le verrons, fut un appel pour le Saint-Père.

Immédiatement les Observations furent attaquées par Y Univers. Ainsi pris personnellement à partie sur un point si grave, Tévêque d'Orléans pensa qu'il avait un plus rigoureux devoir encore de s'expliquer sur ce journal, et sur le rôle qu'il s'attribuait dans l'Eglise; et il le fit dans un écrit auquel il donna pour litre : Avertissement à M. Veuillot. Get acte, qui était assurément dans son droit, à ce moment toutefois prétait le flanc à des méprises, à des interprétations fâcheuses; il pouvait amoindrir, par une apparence de polémique personnelle, la grande discussion : on lui dit ces choses; mais sa conviction était faite : il persista. On sentira encore dans quel esprit de paix nous n'en voulons pas citer ici une seule ligne.

Selon sa coutume, il communiqua cet Avertissement à son clergé : (( Quand ces pages vous arriveront, je serai sur le chemin de Rome. Accompagnez-moi de vos prières, et ne cessez de demander à Dieu que, malgré les témérités et les imprudences de certains hommes, ce Goncile, si nécessaire et si désiré, devienne pour l'Eglise et pour le monde, selon le vœu du Saint-Père et de tous les évêques, une grande œuvre de lumière, de charité et de paix. »

Mais, de même qu'il ne voulait pas qu'il y eût de doute

sur l'attitude qu'il prendrait au Concile, il ne voulut pas qu'il y eût de l'incertitude sur ce qu'il ferait après. Par deux fois il s'en expliqua. Déjà, dans sa grande lettre pastorale, il avait dit :

(( D'avance, et obéissant jusqu'à la mort, j'adhère aux décisions du chef de l'Eglise et du Concile; j'y adhère du fond du cœur et de toute mon âme, quelles que soient ces décisions, conformes ou contraires à ma pensée particulière, qu'elles viennent la confirmer ou la contredire. Xous sommes tous des hommes, et dans ce Concile, comme dans tous les autres, les imperfections humaines auront leur part. Mais notre croyance est précisément que le Saint-Esprit dirige, façonne, consume ces imperfections, et les tourne au service de la vérité. Nul n'est catholique sans cette foi qui est la mienne, et voilà pourquoi cV avance f adhère, je suis soumis; et je suis heureux tV adhérer, joyeux de me soumettre. Après avoir combattu librement, travaillé fortement, agi courageusement, la soumission sera notre victoire, et vous nous ferez à tous la grâce, ô mon Dieu, de trouver la paix dans la foi el la joie dans l'obéissance. Hœc est Victoria quœ vincit mundum, fides nostra. »

Et quand, le jour de sa fête patronale, Saint-Charles- Borromée, le clergé Orléanais vint lui faire ses adieux, telles furent ses paroles :

(( Je vais au Concile, appelé par le Pontife suprême de l'Eglise. J'y vais comme juge et témoin de la foi. J'y serai, je l'espère, avec l'aide de Xotre-Seigneur, un juge libre, attentif et ferme, sans aucun respect humain; un témoin fidèle.

» Et le Concile achevé, quelles qu'aient été ses décisions, conformes ou contraires à mes vœux ou à mes votes, je reviendrai soumis à tout, sans le moindre effort; soumis de bouche, d'esprit et de cœur, docile comme la plus humble brebis du troupeau.

» Telle est ma foi. Messieurs, telle est la vôtre. C'est pour elle que nous vivons, et pour elle au besoin nous saurions mourir. »

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