LE CONCILE
Ces adieux ainsi faits à son clergé, Us^ Dupanloup partit d'Orléans le 22 novembre, s acheminant tranquillement à petites journées vers Piome. Il voulut se donner la joie de revoir une fois encore, et ce fut la dernière, M. de Montalembert, qu'il trouva plus souffrant que jamais, mais toujours plein d'ardeur et de flamme, pour les grands intérêts catholiques. Il se reposa aussi quelques jours à Hyères.
A Rome, grâce aux soins de M""^ la princesse Hospigliosi et à l'aimable obligeance de M. le duc Grazioli, une résidence honorable l'attendait, la villa Grazioli ^, élégante et spacieuse, ombragée et tranquille, voisine du camp prétorien et des vieux murs de Rome. Elle fut célèbre pendant le Concile : noblement hospitalier, Ms'" Dupanloup y recevait, chaque semaine, un certain nombre de ses collègues : des évêques de toutes les nations, des pèlerins de tous les pays, s'y montraient à ses réceptions du jeudi et du dimanche. Il avait souhaité se faire accompagner au Concile par le docteur Xewmann, aujourd'hui cardinal ; mais le savant et modeste oratorien, qui déjà avait décliné l'honneur de prendre part aux travaux préparatoires, ne crut pas devoir accepter.
Trois jours après son arrivée, le 8 décembre 1869, dans la vaste nef de Saint-Pierre, sept cents évëques venus de tous les lieux qu'éclaire le soleil, faisant escorte au
1. Ellû a presque disparu aujourd'hui devant les constructions récentes.
Vicaire de Jésus-Christ, s'avançaient lentement, revêtus de leurs habits pontificaux, mitre en tête, et prenaient place à côté de la confession de l'Apôtre, dans la vaste chapelle convertie en Aula conciliaire pour leur auguste assemblée : c'était l'Eglise catholique qui inaugurait son dix-neuvième concile œcuménique.
Mais à la pompe extérieure succéda immédiatement la discussion. On n'attend pas de nous que nous retracions ici l'histoire détaillée de ce Concile. Les graves questions qu'il a résolues sont closes, définitivement closes. Nous voudrions n'avoir pas à revenir, même dans la plus faible mesure, sur les débats qui ont précédé; ils se sont éteints à jamais dans la solution solennelle qui a tout terminé. Si nous sommes obligé de mentionner encore les incidents préparatoires, c'est uniquement pour remplir notre devoir d'historien sur l'attitude et les actes de Ms^ Dupanloup, et les mobiles vrais de sa conduite.
Un seul mot peut la résumer : ce fut le sacrifice réfléchi d'une popularité immense à une conviction profonde ; à ce qui était son droit incontestable, et que, pour les raisons à ses yeux les plus fortes, il considéra comme son impérieux devoir.
Nous l'avons déjà dit, désireux de ne donner aucun prétexte aux passions politiques qui voulaient précipiter la chute du pouvoir temporel, et qui provoquaient l'abrogation ou l'aggravation des Concordats; préoccupé aussi, dans les ardeurs d'un zèle tout épiscopal, du retour de la société moderne, des sectes séparées, du schisme oriental, à l'Eglise, M=i' Dupanloup, tout en croyant, pour sa part, à l'infaillibilité du Pape, ne pensait pas qu'il fût opportun de la définir comme dogme de foi. La discussion ouverte, l'évèque d'Orléans usa du droit dont, depuis dix-huit siècles, dans tous les conciles, avaient usé les plus grands évèques et les plus grands saints. Il exprima son opinion, hautement, loyalement, avec une ardeur qui était dans son caractère, mais qui était aussi dans sa conviction ; ce devoir rempli, lorsque le Concile eût prononcé, celui qui avait été impétueux comme un lion, devint soumis comme un ao;neau.