‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 69 sur 259 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ne l'ai pas fui. Je me suis donc exposé pour ce que j'ai cru le bien de l'Eglise aux injures d'une partie de ceux-là mêmes qui autrefois m'applaudissaient : et aucune ne m'a été épargnée.

» J'ai brisé cette popularité, telle quelle, que je n'avais pas cberchée, et qui pour tant de gens est une idole : non sans hésiter, je l'ai sacrifiée à ce que je croyais, et crois toujours plus que jamais, avoir été pour moi un grand devoir. Ce devoir, je l'accomplirai jusqu'au bout... »

L'évéque d'Orléans avait tout résumé et tout redit dans ces pages, et ce ne fut qu'avec une grande amertume qu'il se vit obligé encore de répondre, dans deux autres écrits, à un évéque américain, M^r Spalding, et à un vicaire apostolique, Ms"^ Bonjean, qui l'avaient attaqué sur certains détails. A cette occasion, plusieurs évêques d'Amérique lui écrivirent une lettre collective de très vive adhésion. Mais par un sentiment que l'on approuvera, nous n'en citerons rien, si honorable qu'elle soit pour l'évéque d'Orléans.

On peut se faire maintenant une idée de ce qu'était sa vie au Concile : l'étude approfondie des schemata, l'assistance aux congrégations, les discours au sein de l'auguste assemblée; puis les réunions, soit avec les évèques français, soit avec les membres du comité international ; puis les polémiques qui, malgré lui, se succédaient les unes aux autres; les relations innombrables, les visites multipliées et indispensables à travers Rome : « Rien n'est plus pénible, disait-il, que ces courses. Il faut les faire pour Dieu, en compagnie de Notre-Seigneur, sous le souffle de l'Esprit-Saint. »

Que devenait, au milieu de ces journées si dévorées, sa vie intérieure? Elle était son seul refuge. Dès son arrivée à Rome, à la date du 7 décembre, il écrivait : « Quel besoin j'ai de recueillement, de paix, après tant de travaux pénibles, et ici d'agitations si nécessaires, mais qui me sont si odieuses! Avant tout désormais, il faut la paix, la prière, la vie intérieure. Donc, avant tout, oraison et lecture spirituelle, et visite au Saint-Sacrement: fidélité

obstinée aux exercices. La manière de les accomplir peut varier. Bréviaire, chapelet peuvent se dire en voiture: il est possible aussi de s'arrêter au besoin et de lire ou prier sous des cloîtres, au jour. » Au jour, car ses yeux ne lui permettaient pas de lire à la lumière ; et il fallait qu'il eût toujours dit son bréviaire avant la tombée de la nuit. Un peu plus tard: «Jamais je n'ai eu plus besoin de l'esprit de foi, de la confiance en Dieu, de l'amour de Dieu. Si l'on ne faisait pas ce qu'on est condamné à faire par pur amour de Dieu et de l'Eglise et des pauvres âmes, ce serait impossible. Et déjà, dès ces premiers jours, j'ai trouvé cette gi'âce. » Sans cesse il se redit à lui-même la nécessité de l'oraison tranquille, le matin, et du repos paisible, avec Dieu, le soir. Sa grande douceur, c'était toujours ou un salut, ou une visite au Saint-Sacrement. Qu'heureusement la petite chapelle des Sacramentate se trouvait sur son chemin ! Que de stations ignorées il y fit ! Et qui se fût rencontré là, l'eût aperçu, le pieux évêque, seul, dans Fombre de cette petite tribune obscure, à genoux, « les bras en croix», les yeux en larmes. 11 ne se consolait que dans l'abandon entre les mains de Dieu, «f Le bréviaire pendant ces saints jours (l'Avent) est vraiment plein de douceur et de grand espoir. II faut persévérer dans le courage amer, et attendre tout uniquement de Dieu, de Xotre-Seigneur et de lEsprit-Saint. Dicite pusillauimiSj noUte timere; ecce Deus ipse veniet et salvabit vos. Il faut même se réjouir des calomnies et des humiliations ; c'est la part de Xotre-Seigneur. d

Du reste, « ceux qui ont vu de près les Pères n'ont pu qu'être profondément édifiés. Les mœurs étaient graves, la vie austère, la prière assidue, le travail constant. C'était une assemblée ecclésiastique où les dissentiments eux-mêmes avaient leur grandeur, parce qu'ils tenaient à une grande idée*».

La date du 20 février marque ce que l'on pourrait appeler la deuxième période du Concile : le second règle-

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