‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 70 sur 259 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ment, les interventions diplomatiques, Tintroduction définitive delà question de linfaillibilité, et sa discussion, comme aussi les incidents les plus émouvants, appartiennent à cette période.

Le second règlement soulevait une question fort grave : il statuait que les questions, même dogmatiques, seraient décidées à la pluralité des suffrages. Or. que les décrets disciplinaires soient votés à la simple majorité, il en est ainsi de toutes les lois ; mais des dogmes, c'est-à-dire ce qui est la foi universelle ! voilà ce qui paraissait difficile à un grand nombre de Pères. Deux protestations, à peu près identiques, furent donc adressées au Pape par plus de cent évéques, demandant qu'aucune définition dogmatique ne fût faite qu'à l'unanimité, non absolue, mais morale. Celte opinion était une opinion respectable, assurément, puisque cent évêques, des plus illustres de la Chrétienté, la professaient, et nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d'accuser à cette occasion ces évêques, et de leur supposer d'autres intentions que celles qu'ils déclaraient. Mais, en fait, nous le verrons, la définition eut lieu à l'unanimité de tous les évêques présents.

L'intervention diplomatique fut provoquée par la remise indiscrète aux journaux du schéma surlEglise, et par tout le bruit qui se fit dans la presse et dans les chancelleries autour de ce schéma. Pourtant il n'y était en rien question de l'infaillibilité. Il traitait: 1° de l'Eglise, 2^duPape, 3° des rapports de l'Eglise et de l'Etat. C'est cette troisième partie qui inspira aux cabinets des ombrages, et au gouvernement français les actes que nous allons dire.

Le ministère français était alors celui que l'on a appelé le ministère du 2 janvier. Deux tendances très manifestes et très diverses y régnaient à l'égard du Concile. Le ministre des Affaires étrangères, M. le comte Daru, était un catholique notoire et un conservateur décidé, parfaitement jaloux de la paix entre PEgliseet l'Etal, partisan très ferme des Concordats comme du pouvoir temporel, attentif à ne laisser s'élever aucun malentendu, aucun incident,

aucun différend qui compromettrait ces deux questions capitales, ces deux objets sacrés de ses préoccupations politiques. Tout autre était le président du Conseil, M. Emile OUivier, qui appartenait à un autre école, qui avait d'autres traditions et d'autres aspirations. Politique instable, républicain devenu ministre de l'Empire auquel il devait être si fatal, brillant mélange de l'orateur et du poète, avec plus de présomption et de confiance en luimême que de sûreté dans les idées, M.Emile Ollivier était de plus possédé, comme les bommes d'Etat de Byzance, de la manie et de la témérité théologique. Par suite des idées qu'il s'était faites, justes sur certains points, lamentables sur d'autres, il s'effrayait moins que M. Daru des redoutables conséquences que telle ou telle déclaration du Concile pouvait amener. Libre penseur, très partisan de la séparation de l'Eglise et de l'Etal, et très peu du pouvoir temporel du Pape, plus d'une fois combattu par lui, il affectait, vis-à-vis de l'Eglise, un libéralisme d'un genre particulier, subordonné à sa faconde comprendre les questions : sans arrière-pensée, disait-il, sur celles qui lui paraissaient d'ordre purement spirituel, plein sur les autres de menaçants sous-entendus.

Tels étaient les deux ministres qui siégeaient dans le cabinet du ^ janvier, sous les yeux de l'Empereur, indifférent et indolent. M. le comte Daru était d'avis de prévenir les conflits par une intervention respectueuse, toujours contenue dans les limites où elle pouvait être légitime : M. Emile Ollivier opinait pour l'abstention la plus complète, il professait le laisser faire, le laisser passer, sauf, les conflits survenus, à en tirer les conclusions qu'il tenait en réserve et dont il avait déjà lui-même indiqué l'une des plus grosses, lorsque, dès le 10 juillet 1868, simple député, il avait déclaré, comme nous l'avons rappelé, « la séparation de l'Eglise et de l'Etat opérée par le Pape lui-même », et qu'il avait ajouté : « On vous a laissé dehors, eh bien, croyez -moi, restez-y, laissez faire; seulement observez et préparez-vous ! »

Tant qu'il ne s'agit que de l'infaillibilité, M. Daru, malgré son appréhension, n'agit pas. <( Le Souverain

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