‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 7 sur 259 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A mon sens, il n'y a pas aujourd'hui de question plu grave que celle-là... Me tromperais -je, Monseigneur Cela peut-être; mais en tout cas ma conviction est bie profonde. »

De tels renseignements venus d'un homme si grave n pouvaient pas trouver l'évéque d'Orléans indifférent. Que ques semaines plus tard un autre évéque, renommé dan l'Eglise de France pour sa prudence et sa modératior M^*" Rivet, évéque de Dijon, lui faisait part d'appréhen sions semblables : « Vous savez, Monseigneur, que quel ques esprits ardents se préoccupent, dit-on, de îair déclarer par les évèques réunis, comme dogme de fc catholique, l'infaillibilité personnelle du Pape... Prion Dieu d'éloigner de telles préoccupations; elles enfan leraient des luttes intestines et des difticultés extérieure incalculables. »

Quelques jours auparavant il lui était arrivé une autr lettre qui le frappa encore plus; elle était de M?»" Kettelei évéque de Mayence, une des lumières de l'épiscopat aile mand ; voici cette lettre :

« Je ne saurais pas encore vous assurer que j'irai Rome, parce que je voudrais avant tout attendre les évé nements. Quand j'aurai su qu'un intérêt de l'Eglise le di mande, je m'y croirai obligé. 11 n'est pas nécessaire, Mcm seigneur, de vous dire combien je prendrais plaisir revoir tant de confrères dans l'épiscopat, et surtout Votr Grandeur. D'autre part, je ne saurais vous celer qu'un grande réunion d'évêques offense beaucoup mon àm€ supposé qu'il ne s'agisse que d'assister à quelques solen nités dévotes ; en ce cas je préférerais m'en tenir éloigné Aux temps des grands événements du monde, les évéque souvent se sont assemblés autour du Souverain Pontif pour, assistés du Saint-Esprit, prendre soin des intérêt du genre humain en délibération sainte et sérieuse. S maintenant, oii nous vivons sans doute à une époque de plus graves de toute l'histoire, il s'agissait de ce que j viens de dire, je suivrais de bon gré l'invitation du Saini Père, quand même il m'appellerait jusqu'au bout di monde. Mais ces assemblées, qui seraient destinées uni

quement à rendre plus pompeuse quelque grande solennité, ou dans lesquelles on devrait sanctionner d'une manière formelle des résolutions arrêtées d'avance, sans qu'on prenne part actuellement à l'affaire elle-même, de telles assemblées me déplaisent...

» Pour cette même raison, je serais fâché de tout mon cœur si Tinfaillibilité du Pape et d'autres points importants de doctrine y devaient être terminés tout à coup et pour ainsi dire en passant. D'après une persuasion individuelle, dans noire temps il ne s auàl point d'accroître le nombre des dogmes, et en particulier je ne désire point, seulement pour des raisons d'opportunité, que l'infaillibilité du Souverain Pontife soit personnellement définie. Je pense au contraire quMl serait beaucoup plus important d'inciter fortement l'esprit de sainteté dans tous les grades de la hiérarchie ecclésiastique. Mais naturellement je soumettrais absolument et volontiers cette persuasion individuelle à une sentence supérieure. Cependant il me paraît, surtout en ce temps, nécessaire que, si des dogmes doivent être déclarés formellement, cela ne se fasse que par un concile général. Plus le monde est malade des efforts de l'abcolutisme, plus l'Eglise, qui renferme une économie si admirable dans sa hiérarchie, devra éviter toute apparence qui la pourrait faire croire inlluencée elle-même par cet esprit dominant.

» Pour cela, si ce bruit en quelque sorte se trouve probable, je vous prie instamment de vouloir bien mettre tout le pouvoir que vous avez à Rome à arrêter les progrès d'un tel procédé en affaire d'une si grande importance. Si le Saint-Père croit devoir prendre de semblables résolutions, qu'il les veuille aussi faire préparer et terminer matériellement et formellement de cette manière sublime de l'antiquité, dans laquelle l'Eglise avant tout possède le gage que l'Esprit-Saint y est actif.

» J'ai proféré ces pensées un peu au long, parce qu'elles occupent mon àme souvent et beaucoup, et parce que c'est une consolation pour moi de les avoir déposées dans le cœur d'un confrère en l'intelligence duquel je mets tant de confiance. »

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