CHAPITRE V
des puissances auraient accès dans le Concile, et le Saint- Père leur avait fait lui-même préparer des places dans l'auguste assemblée.
Telle avait été, dès le principe, et telle était toujours la manière de voir de Us^ Dupanloup ; en cette matière où les esprits et les âmes les plus pieuses pouvaient se diviser, il avait été amené à son sentiment, et il y fut retenu, comme toujours, par son tendre amour de l'Eglise, par son désir passionné qu'elle régnât en paix au milieu du monde moderne qui l'honorerait, et qu'elle attirerait à elle.
Pour mettre dans son vrai jour les mobiles de 31 si" Dupanloup, pour les placer au point où l'histoire doit les connaître et les juger, il importe de remarquer que tous les hommes publics qui, en dehors de l'Eglise, penchaient pour la politique d'eflacement et d'isolement, étaient formellement décidés à intervenir après, quelques-uns même par des moyens coercitifs et des lois pénales qui fussent devenus bientôt la persécution.
Le premier ministre autrichien, le comte de Beust, pour se refuser à l'envoi d'un représentant auprès du Concile, disait, dans sa dépêche du 15 mars au prince de Metternich : « La liberté d'action que nous devons conserver vis-à-vis des décisions éventuelles du Concile pourrait être moins complète si nous intervenions dans les délibéralions d'où ces décisions seraient sorties. » Et dès le 10 février, il avait chargé l'ambassadeur d'Autriche à Piome de déclarer au cardinal Antoneîli, à propos des canons de Ecclesia, qu'il interdirait la publication de tout acte conciliaire que son gouvernement jugerait illégal, et qu'il rendrait judiciairement responsable toute personne enfreignant une pareille défense.
On sait qu'après le Concile, M. de Beust, usant de cette liberté cV action dont il se prévalait, notifia immédiatement au Saint-Siège l'abrogation du Concordat de 1855.
On sait également que M. de Bismarck, qui approuvait l'opposition de l'Autriche à une politique préventive, révéla sa pensée par la persécution qu'il inaugura dès le lendemain du Concile. D'avance il se déclarait a bien décidé à soutenir le clergé catholique du royaume contre
les inimitiés, les prétentions et les exigences de Rome, et à ne pas permettre que le repos des sujets du roi fût troublé en quoi que ce fût par des dogmes religieux en opposition avec la constitution prussienne ».
Et pour* la France, M?'' Dupanloup avait-il lieu d'être plus rassuré par celte politique d'abstention que le président du Conseil mettait en regard de l'intervention morale, préférée par M. Daru?
Derrière cet effacement étrangement comminatoire, il est probable, il est certain, que M. Emile Ollivier cachait quelque dessein arrêté; car nul plus que M. Emile Ollivier n'a été sévère pour le schéma de Ecoles ia, « Aucun gouvernement, a-t-il écrit, n'a reconnu au Souverain Pontife une juridiction, même indirecte, sur les matières d'Etat ; aucun gouvernement surtout n'a toléré que, se mettant en dehors et au-dessus des pouvoirs publics , la société religieuse se considérât comme affranchie de toute réglementation séculière. » Et il ajoutait : « Si le décret définitif contenait des thèses opposées à nos principes et à nos lois, nous nous opposerions à ce qu'il devînt une excitation à violer notre droit public, une cause de trouble social. » Selon lui, le triomphe de cette théorie, dont on poursuivait la définition dogmatique, « serait le signal de longs bouleversements, et une irrémédiable servitude de r espèce humaine ^ ».
Quoi qu'il en soit, sans récriminer contre qui que ce soit, adorant la main de Dieu qui a conduit les événements et les volontés au terme marqué par sa sagesse, on comprendra comment M?' Dupanloup, placé entre deux politiques dont l'une voulait prévenir et dont l'autre se réservait de réprimer, a préféré et soutenu avec son ardeur habituelle celle qui lui paraissait la plus pacifique, la plus respectueuse de TEglise, la plus honorable pour son pays. Se serait-il trompé, la pureté de son intention couvrirait son erreur.
1. L'Eglise et l'Etat au Concile du Vatican, t. U,passim. Il paraît assez (iifticile. quand on a écrit cela, de soutenir qu'on était vis-àvis du Concile pour « une politique de liberté ».