CHAPITRE V
A-t-il excédé dans son zèle ? A-t-il été d'avis, comme ont osé l'insinuer des voix égarées par la haine, qu'il fallait menacer le Pape du retrait de l'armée d.'occupation ? Ce sont d'odieuses calomnies. « Dans ce cas, écrivait-il à M. de Montalemberl, nous nous serrerions tous autour du Pape. » Il tint le même langage à notre ambassadeur, M. de Banneville, et il est à notre connaissance certaine que celui-ci en informa officiellement son gouvernement.
Que s'il a, plus tard, désiré le rappel de ce même M. de Banneville, chez qui il ne trouvait pas assez de fermeté, c'est que, dans sa conviction, une telle mesure, parfaitement dans le droit du gouvernement français, eût accentué les observations de ce gouvernement sans constituer une pression attentatoire à la liberté du Concile et à l'indépendance des Pères.
Quant à la prorogation du Concile, cette idée était née dans les milieux les plus différents. M?^ Forcade, évêque de Nevers, aujourd'hui archevêque d'Aix, et qui ne siégeait pas dans les rangs de la minorité, s'en était ouvert au Pape, qui avait accueilli cette communication avec bonté. (( Le Saint-Siège, écrivait-il le 7 avril au président <iu Conseil, M. Ollivier, n'a pas seulement à compter, en ■ce moment, avec le gouvernement français, mais avec tous les gouvernements. Il n'a pas seulement à se préoccuper de la minorité du Concile, mais aussi et surtout de son immense majorité. On s'en trouve, je vous l'assure, fort embarrassé... Je me suis hasardé à insinuer tout doucement que le meilleur moyen de se tirer d'affaire serait sans doute d'ajourner autant que possible la discussion des questions irritantes. On atteindrait ainsi les chaleurs, qui ne peuvent tarder beaucoup et nécessiteront une prorogation. Cette ouverture a reçu un meilleur accueil que je n'osais l'espérer... »
Est- il donc si extraordinaire que ^U^ Dupanloup, lui aussi, comme d'autres, se soit rallié à cette idée d'une prorogation du Concile par les motifs de pacification supérieure qui avaient frappé Pie IX, et qu'il y ait persévéré de plus en plus à mesure que les discussions devenaient
plus vives et que la fatigue se faisait sentir aux membres de la vénérable assemblée, dont plusieurs moururent, et un grand nombre tombèrent malades ou durent regagner leurs diocèses ?
Quant aux paroles plus ou moins vives ou regrettables qui auraient pu, dans l'ardeur de la lutte, échapper à sa plume ou à ses lèvres, elles ne prouveraient pas plus contre sa croyance à l'infaillibilité ou son dévouement au Saint-Siège que certaines autres paroles amèrement relevées dans la correspondance de M. de Maistre ne prouvent contre la doctrine et les sentiments vrais de ce grand champion de la Papauté.
En fait, le schéma sur l'Eglise eùt-il mis ou non les gouvernements en révolte contre Rome, comme ils en menaçaient, c'était bien à craindre, puisque le Saint-Père, dans sa sagesse, nous le verrons, finit par écarter ce schéma. Mais il n'en fut pas de même de l'infaillibilité. Certain que pendant le Concile la France n'irait pas au delà des démonstrations diplomatiques que nous venons de dire. Pie IX prit son parti dans sa pleine liberté, et le 9 mars il introduisit, par un article additionnel, dans le schéma de l'Eglise, distribué aux évêques, le projet de définition.