‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 80 sur 259 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

j'en connais, et îe Credo catholique toujours intact dans le monde; et la grande figure de l'Eglise resplendissant à travers les siècles, bien au-dessus des faiblesses, dans une lumière inaccessible aux misères humaines : voilà qui est divin!

»... Oui, la vraie vie de l'Eglise doit affermir notre foi en nous donnant un argument de plus, et tout à la fois grandir et ennoblir notre dévouement, en le rendant plus pur. Et qui est plus digne de comprendre et de sentir cela que vous?

» Et enfin, mon cher ami, est-ce qu'il n'est pas bon que nous ayons nos épreuves? Et si Dieu veut les faire plus utiles en les faisant plus amères,... faut-il n'écouter, comme les âmes vulgaires, que les soulèvements de notre cœur, et peut-être de notre orgueil, qui ne peut souffrir aucune humiliation, et ne veut à aucun prix être maté?

» Non, soyons plus grands que cela, soyons plus chrétiens, plus fermes dans la foi, plus raisonnables, je dirai même : Ayons plus de dignité ; au moins renfermons notre douleur dans ce silence dont l'Ecriture dit : In silentio fortitudo et spes.

» Mais surtout ne souffrons pas la moindre atteinte à notre amour pour Jésus-Christ et pour son Eglise. Après tout, la politique humaine n'est que la cause du temps; la cause de l'Église est celle de l'éternité... »

D'une telle amitié, de tels conseils, M. de Montalembert sentait le prix. Et chez tous les deux cette affection croît €t s'élève à mesure que les derniers moments et que les épreuves suprêmes approchent. Ainsi, au moment de la grande lutte, alors que pour l'évêque d'Orléans l'impopularité succédait aux admirations d'autrefois, c'est pour lui, chez M. de Montalembert, une sorte de passion, qui éclate dans toutes ses lettres. Au début du Concile, il <^crivait à M""" Craven : « Dites à notre cher et grand évêque que sa position me semble grandir et s'élever chaque jour davantage. » Quant à lui, toutes les agitations de son âme, plus émue qu'il n'eût fallu, mais telle était cette ardente nature, se faisaient jour dans les termes que voici, un mois juste avant sa mort :

c Paris, 14 février 1870. Très cher seigneur et ami, je puis dire sans phrase que mon àme est sans cesse occupée de vous, qu'elle erre sans cesse à votre suite, de la villa Grazioli jusque sur les bancs du Concile. Mais aussi en songeant à vous mon cœur est tout inondé de joie, de confiance et de tendresse. De ces trois sentiments, le dernier m'a été familier pendant le cours d'une trop longue vie, mais les deux autres ne me sont pas habituels : en ce moment vous me les imposez, tant je me sens heureux et fier de l'attitude que vous avez prise devant Dieu et devant les hommes. J'ai la certitude absolue qu'elle vous grandit au delà de toute expression; j'ai surtout la conviction intime qu'elle vous rend cent fois plus digne que vous ne l'étiez déjà de l'affection, du dévouement, de l'adhésion enthousiaste de tous ceux qui vous ont aimé, vraiment aimé jusqu'ici.

» Vous que je connais, depuis bientôt quarante-cinq ans, l'ami, le médecin, le serviteur des âmes, puis le modèle des catéchistes, des confesseurs, des éducateurs, avant d'être le plus vigoureux des polémistes et le plus vigilant des évêques, c'est votre vie entière qui me prêche et me console. Tout cela est oublié, méconnu, insulté. Je voudrais quelquefois que vous fussiez encore plus isolé, plus méconnu que vous ne l'êtes, pour vous aimer avec une passion plus méritoire et plus exclusive. Mais c'est à Dieu surtout que je confie ma reconnaissance et mon admiration pour vous; et vous, parlez-lui-en à votre tour. Dites, dites à ce Dieu que vous servez, que vous consacrez chaque jour, dites-lui qu'il y a au moins une âme qui vous reste passionnément fidèle, parce que cette âme, vous l'avez éclairée, pacifiée, sauvée peut-être. Je m'arrête, parce que, comme il m'arrive toujours en vous écrivant ou en pensant à vous, je suis trahi par mes forces matérielles. La souffrance et la défaillance, qui constituent mon pain quotidien, m'avertissent que le temps de parler comme je voudrais est passé pour moi. Il me faut donc refermer le couvercle du cercueil où je vis, sur tout ce qui bouillonne encore en moi, sur tout ce qui ne touche que moi. Je puis et je veux toutefois vous dire combien je suis satisfait de

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