‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 86 sur 259 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

eut lieu dans le comité international : assisterait-on à la session publique du 18, où la promulgation du dogme devait avoir lieu ? Contrairement à l'opinion de M?r Haynald et de M^^ Ginouilhac, le cardinal xAIathieu et l'archevêque de Paris, M?^ Strossmayer et l'évêque d'Orléans, opinèrent pour que, par respect pour le Saint-Père, on ne prononçât pas en sa présence les non placet, mais qu'on les renouvelât dans une lettre, qui fut en effet rédigée le soir même, et signée par près de soixante évêques. Il faut bien le dire, au point de vue théologique, ce n'était pas la même chose! Tout ce qui se fait dans les congrégations préparatoires, ou autrement, n'est que préliminaire; seul, le vote dans la session solennelle est définitif.

Le dimanche donc, 17 juillet, à sept heures et demie du soir, l'évêque d'Orléans quittait Rome avec l'archevêque de Colocza. La nuit écoulée, aux premiers rayons du jour, comme il prenait, selon sa coutume, son bréviaire pour le réciter, M?^" Haynald, qui se tenait à l'angle opposé du wagon, pensif, s'écria tout à coup : « Monseigneur, nous avons fait une grande faute. » Il entendait : en n'apportant pas notre vote négatif, puisque nous ne sommes pas d'avis de la définition. Par un signe, l'évêque d'Orléans fit entendre qu'il allait prier. On a blâmé, à divers points de vue, cette conduite. D'abord au point de vue de la majorité. Ils devaient rester, et dire oui, a-t-on prétendu, leur droit de voter selon leur conviction personnelle étant à ce moment épuisé. Théologiquement, nous ne croyons cette raison solide. Ils devaient rester, pour une autre raison encore, n'ayant point obtenu préalablement la permission de se retirer. — Ils devaient rester et dire non, selon d'autres, car c'est le devoir des évêques, dans un concile, de rester fermes jusqu'au bout dans leurs convictions persistantes, et leurs convictions persistaient, comme l'attestait leur lettre : un sentiment, si respectable qu'il fût, ne devait pas prévaloir sur les motifs qui avaient jusqu'ici inspiré leur attitude. On ajoute : Gomment ne voyaient-ils pas, eux qui avaient proclamé l'unanimité morale nécessaire à une définition, qu'en se retirant du

Concile, que leur départ volontaire ne dissolvait pas, ils allaient donner à la définition cette unanimité ? Mais ne serait-ce pas précisément parce qu'ils le voyaient, et voyaient aussi la définition désormais inévitable, qu'ils ne voulurent ni attrister le Saint-Père par des non placct prononcés sous ses yeux mêmes, ni poser une cause de trouble pour l'avenir? Car la définition, contestable pour plusieurs sans cette unanimité, avec elle ne l'était plus pour personne : cette question de l'unanimité morale, que cent évêques avaient déclarée nécessaire, ne pouvrit plus même surgir: elle se trouvait par le fait supprimée. A ce point de vue, et quels qu'aient pu être les motifs multiples de leur conduite, s'il y a eu faute, disons-le : Heureuse faute ! Félix culpa !

Le lendemain, Pie IX, dans Saint-Pierre, entouré de plus de cinq cents évêques encore, entendait retentir leurs oui unanimes, et au milieu de leurs acclamations, il proclamait le dogme ^

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