‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 88 sur 259 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ainsi prenait fin dans FEglise une controverse séculaire, à peu près terminée en fait, désormais tout à fait abolie en droit, et un grand dessein de la Providence allait apparaître à tous.

Deux jours auparavant, la guerre éclatait entre la France et la Prusse, et le pouvoir temporel des Papes, quelques mois après, sombrait dans la tempête. Pour toujours ? bien téméraire qui l'affirmerait ; pour un temps plus ou moins long? c'est le secret de l'avenir. Quoi qu'il en soit, cette catastrophe, dont l'évêque d'Orléans se refusait à entrevoir l'imminence, bien que depuis longtemps déjà son espoir ne fût plus qu'en Dieu, éclaire après coup, d'une lumière pour ainsi dire fulgurante, cette question d'opportunité que de si graves considérations avaient voilée à ses yeux, et aux yeux de tant d'autres grands évéques : considérations au nombre desquelles se trouvait la crainte de précipiter et le désir de conjurer la catastrophe.

Avant donc de permettre la chute du principat temporel, la Providence voulut que l'autorité spirituelle du Pape devînt plus grande et incontestée que jamais; et c'est pourquoi une définition, nette, précise, allait mettre désormais hors de toute atteinte ce grand privilège d'inerrance, accordé au Pontife, non pour sa personne, mais pour sa fonction, pour l'Eglise, pour le maintien immuable et le développement nécessaire de sa doctrine traditionnelle: c'est-à-dire, dans les limites qui sont celles de l'infaillibilité de l'Eglise elle-même, dont l'infaillibilité du Pape ne se sépare pas, la suprême autorité doctrinale. Là était sans doute le bien supérieur et permanent que Dieu voulait tirer de ces discussions préparatoires. Peut-être, pour beaucoup, la définition devait fortifier et étayer ce pouvoir temporel ; mais n'est-ce pas ainsi d'ordinaire, comme instruments plus ou moins

formables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Eglise. »

)) Que si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la témérité de contredire notre définition, qu'il soit anathème. »

Ibi VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

conscients, que les hommes travaillent aux desseins providentiels? En même temps, la main de Dieu écartait les orages tant redoutés : sauf quelques troubles, çà et là soulevés, la tranquillité, comme la docilité, et disonsle, la joie, furent universelles.

Que les pensées de Dieu sont donc différentes des pensées des hommes î Mettons ici de côté les mots vulgaires de vaincus et de vainqueurs; au sens catholique, il n'y en a pas dans ces luttes. Un beau spectacle fut alors donné au monde. « Je pense, a dit un éminent cardinal, qu'on n'a jamais vu, dans l'Eglise, une opposition plus décidée, et ensuite un triomphe plus complet de l'unité. Ces mêmes hommes, la plupart si considérables, qui s'étaient prononcés avec éclat, tant que dura la liberté des controverses conciliaires, ont ensuite étonné le monde par la simplicité de leur soumission. Pas un seul n'est resté en arrière. On a vu ces grands évèques d'Allemagne, si brillants d'ardeur et d'éloquence, devenir, une fois la sentence prononcée, les martyrs de la définition qu'ils avaient combattue. Ils ne se sont pas contentés d'obéir, ils ont défendu jusque dans les fers le dogme proclamé par le Concile... Telle a été aussi l'attitude des évèques de France, avec d'autant plus de mérite pour chacun d'eux qu'ils avaient porté plus loin l'opposition tant que celle-ci restait licite. L'honneur de l'évèque d'Orléans est précisément d'avoir fait succéder à ses ardeurs, comme toujours fxtrèmes dans le combat, son adhésion humble et paisible ^ »

En effet, cette adhésion fut immédiate, et peut-être la première donnée. A Lacombe, où il se reposa quelques jours, avant de rentrer à Orléans, un ami, qui s'empressa de l'y venir visiter, et qui fut, non certes surpris, mais profondément édifié de le trouver, la grande lutte terminée , calme et dans les sentiments de soumission humble et paisible, promis d'avance à son clergé, eût souhaité de lui quelque acte éclatant, rappelant celui de

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