‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 94 sur 259 · L'Evêque d'Orléans, par M. de Falloux · texte numérisé non relu

L'Evêque d'Orléans, par M. de Falloux

de l'horreur sublime de la canonnade, n'espérez pas m'arracher un applaudissement pour le carnage; mais dites-moi que ce pauvre paysan français a donné son fils sans murmurer, que cet enfant a quitté son hameau pour traverser des pays inconnus, qu'il a marché le jour et la nuit, obéissant, silencieux, gai, pour attaquer une redoute sans nom, et que là, sous le feu, pour sauver un lambeau de toile teint aux couleurs nationales, et qui s'appelle le drapeau de la France, il s'est fait hacher dans un fossé, ou qu'échappé à la mort, il est revenu sans récompense reprendre au sillon paternel la charrue ou la bêche, oh l cela, je l'admire, cela c'est l'héroïsme. Et je prie Dieu avec ardeur pour le triomphe de la justice, et pour la glorieuse armée qui va combattre et souffrir pour nous l'assurer.

» Non, je ne puis demeurer insensible aux nobles sentiments qui en ce moment s'emparent des âmes, entraînent et soulèvent la nation tout entière. J'assiste avec plaisir à la transformation des jeunes gens inutiles et à l'apaisement momentané des impiétés déclamatoires. La guerre a fait passer sur nos têtes à tous un souffle religieux. Les mains oisives vont s'armer, et les mains qui vont se battre se lèvent vers le ciel. La prière devient universelle; à ce moment suprême les cœurs ne connaissent plus de doute. Ils montent dans le silence de l'adoration vers le grand maître des destinées. Elevé par le péril jusqu'à Dieu, chacun se sent aussi ramené parle dévouement vers ses frères; les soldais partent au milieu des cris d'enthousiasme, des adieux fraternels, des vœux patriotiques. Toute la terre française est ébranlée par un effort gigantesque, et l'on sent dans l'air un courant indescriptible, solennel et entraînant, grave et joyeux, religieux et fraternel, martial et confiant, terrible et doux; esprit vraiment français, qui voile les horreurs de la mort par la beauté du sacrifice, transforme les victimes en héros, et fait de la nation tout entière, frissonnante et sublime, l'armée de réserve de l'armée du combat...

(( Faites triompher la justice, ô mon Dieu, par les mains

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