‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 10 sur 231 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

pouvoir écrire, comme avaient fait du reste ses quatre derniers prédécesseurs, au ministre de la Justice une lettre, datée d'issy, Ie' décembre 1849, par laquelle il sollicitait la grâce des trois prisonniers qui se trouvaient alors dans les prisons d'Orléans. De ces trois prisonniers, un du moins put être mis en liberté.

Pour n'avoir pas eu l'éclat officiel des anciennes intronisations, la sienne ne fut pas moins touchante. Elle eut lieu le 1 1 décembre 1849, à neuf heures du matin. Escorté du clergé de toutes les paroisses, et d'un grand nombre d'ecclésiastiques accourus de tous les points du diocèse, à travers une haie de soldats, le nouvel évèque d'Orléans se rendit, par la place Sainte-Croix, de son évêché à la cathédrale :

« Je le vois encore, nous a écrit l'un des témoins de cette scène, agenouillé sur un prie-Dieu placé sur le perron du palais épiscopal, à l'endroit même où, trente années après, on enlevait son corps pour le placer sur le char funèbre. Ce rapprochement nous lit une grande impression le jour de ses obsèques. Il était là, les yeux pleins de larmes, le visage tellement abattu, défait, qu'un ecclésiastique, qui était près de nous, s'écria comme déçu : « Ah! c'est là M?r Dupanloup! » Sous ses magnifiques ornements, il avait l'apparence d'une victime parée pour le sacrifice. »

Et en effet, résumant, le lendemain, devant Dieu ce qui s'était passé en lui, il écrivait : « Hier, ma plus forte impression était celle-ci : Je sentais, simplement et clairement, qu'on gère là une personne supérieure, Personam gerere diuinam, que le pauvre homme chargé de cette représentation y succombe... Tout ce qu'il fait, tout ce qu'on lui fait, suppose que Dieu est en lui et qu'il éprouve des sentiments divins, qu'il a des pensées divines... C'est écrasant... »

Une foule immense remplissait la cathédrale. « L'entrée en cette grande et profonde église, a-t-il dit lui-même, était bien imposante : Spiritus et sponsa dicunt : Veni.h) Ce qui, dans cette foule, et on n'en sera pas étonné, frappa le plus cet ami de l'enfance, ce furent les enfants. « Les

entais m'ont attiré, dit-il, je les attirais. Je n'ai jamais si bien compris pourquoi Notre-Seigneur disait : Sinite panulos ad me ventre ! Ils viennent sans arrière-pensée; ils ont confiance et ils l'inspirent. Pauvres enfants! je n'oublierai jamais tous ces petits visages et ces regards... On sauverait le monde si on se donnait à la jeunesse. » Il hésitait à parler. On le supplia de le faire. « Je sentis, a-t-il dit, qu'il le fallait, que le docteur devait apparaître dans Pévêfjue, et le pasteur et le père se faire sentir. » Dominant dune son émotion, il monta en chaire, et ouvrant son âme et ses lèvres, il fit entendre à cette foule palpitante les premiers accents de cette voix qui, pendant son long épiscopat, devait tant de fois retentir sous les voûtes de cette basilique.

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